Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
27 février 2013 3 27 /02 /février /2013 11:44

« Les français sont des italiens de mauvaise humeur »

 

Jean COCTEAU (1889-1963) – Ecrivain français et dans l’impasse

 

 

L’Italie est ingouvernable. Du moins officiellement depuis hier et l’annonce des résultats des élections au Parlement. La coalition de gauche menée par Pierluigi Bersani l’a il est vrai emporté à la chambre des députés où le scrutin mixte donne une prime majoritaire au parti arrivé en tête dans les urnes. Mais le scrutin proportionnel n’a pas réussi à donner un vainqueur clair au sénat, qui dort cette nuit sans majorité. Les deux chambres étant à égalité en termes de pouvoir, il est impossible de gouverner avec une seule. On se demande désormais où ira Rome.

 

Comme quoi il n’y a pas qu’à l’UMP où les élections aboutissent à des psychodrames. Il faut dire que le système électoral concocté en 2005 par Silvio Berlusconi y est pour beaucoup. On passera sur le découpage des circonscriptions qui avantage clairement la droite en donnant aux régions du nord davantage de poids qu’à celles du sud et sur la primauté aux coalitions qui défavorise clairement cette gauche incapable de s’unir. On n’avait pas fait pire depuis la loi sur les apparentements sous la IVème République en France. D’où tant d’instabilité et de fragilité.

 

L’ancien président du conseil voulait surtout que la gauche ne gagne pas. En 2006, celle-ci n’avait déjà dû son retour au pouvoir sous Romano Prodi qu’à une ridicule majorité de trois sièges au sénat. Qui ne dura pas longtemps. A cause de cette incapacité à s’effacer de la scène politique, l’Italie est désormais confrontée à une alternative bien déplaisante : soit se forme un gouvernement de coalition droite-gauche et c’est la crise politique à venir assurée, soit on rejoue les élections et c’est la crise politique pour tout de suite. En plus de la crise économique.

 

Silvio Berlusconi peut savourer son exploit. Parti avec quinze points de retard dans les sondages, il a fini sur les talons de la coalition de gauche et peut regretter que la victoire 2-0 de son club le Milan AC sur le grand Barça n’ait pas eu lieu un peu plus tôt. Il aurait encore plus engrangé. Sa remontée insensée a fait une victime, le sortant Mario Monti. Super Mario avait été appelé au pouvoir car il était un technocrate et il a eu le tort de l’oublier. Il a voulu faire de la politique, promettant tout et n’importe quoi. On vient de voir ce que cela a donné.

 

C’est un mauvais signal envoyé à l’Europe. Le peuple italien a dans sa grande majorité rejeté les politiques de rigueur et d’assainissement déployées par le gouvernement. Sans effet il est vrai sur la croissance et l’emploi. S’il y a bien un point sur lequel les italiens sont d’accord au soir de cette mascarade électorale, c’est bien qu’ils ne veulent pas de l’austérité d’Angela Merkel et qu’ils sont même prêts à quitter le navire de l’euro. Les dirigeants des autres pays ont pris note. On n’est pas prêt de revoir un courageux réclamer des efforts et des sacrifices budgétaires.

 

Car plus que l’émiettement parlementaire et la vacance gouvernementale, ce qui frappe le plus au terme de ces élections est le succès des candidats populistes. On se réfère bien sûr au comique Beppe Grillo, au sens propre comme au figuré. Du haut de ses 64 ans, le chef de la pittoresque formation Mouvement 5 Étoiles a rallié le quart des votants - certes peu nombreux malgré deux jours de vote - à son idée d’un revenu citoyen de 1000 euros pour chaque italien. Les autres n’ont qu’à bien se tenir : il est désormais à la tête du premier parti du pays.

 

La démagogie a trouvé son terreau idéal avec cette rage sociale qui monte de l’autre côté des Alpes. Des réformes sont nécessaires pour sauver l’Italie de l’insolvabilité financière mais le peuple pense qu’il y en a déjà eu bien trop. Des résultats sont indispensables pour convaincre les marchés mais la récession devrait frapper tous les pays du vieux continent sans distinction. Des rénovateurs sont attendus pour en finir avec la corruption politique et la mafia au plus haut sommet de l’État. Il fallait comprendre cela pour gagner des voix à ces élections.

 

Apparemment, la gauche italienne ne l’a pas assez compris. Décidément maudite, elle se voit voler sur les touches de la calculatrice une victoire acquise dans les urnes. La colère du pays ne devrait pas se calmer avec ce nouveau chaos électoral, autant dû à l’irresponsabilité de la droite qu’à l’incompétence de la gauche. Avec des leaders comme ça, l’UMP gagnerait toutes les élections même avec Nathalie Kosciusko-Morizet comme porte-parole ! Sans gouvernement ni espoir d’en retrouver un un jour, l’Italie ne sait plus bien où elle va. Roma Quo Vadis ?

Partager cet article

Repost 0

commentaires

À Propos De En Rase Campagne

  • : En rase campagne
  • En rase campagne
  • : La politique est toujours en campagne, CARBONE 12 aussi ! Lancé à 100 jours du 2e tour des élections présidentielles de 2012 pour redonner de la hauteur à un débat qui volait bas, EN RASE CAMPAGNE est un blog qui commente la vie politique française.
  • Contact

L'EMPREINTE CARBONE

Projet de loi de finances : se serrer la ceinture ou baisser son froc devant Bruxelles, telle est la question. 

 

Retrouvez tous les billets "L'empreinte carbone" 1 2 3 4 5 6 7 

AU RAS DES PÂQUERETTES

Poisson d'avril de Ségolène Royal : les autoroutes gratuites le week end. Mais qui peut contrôler ce qui se passe dans son cerveau ? 

 

Retrouvez tous les billets "Au ras des pâquerettes" 1 2 3 4

DU CARBONE DANS LA CERVELLE

Entre deux meetings, Nicolas Sarkozy recommence ses conférences grassement payées à l'étranger. Cela pourrait le desservir. 

 

Retrouvez tous les billets "Du carbone dans la cervelle" 1 2 3 4 

Les Idees De En Rase Campagne