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22 septembre 2012 6 22 /09 /septembre /2012 02:40

« Quand on suit une mauvaise route, plus on marche vite plus on s'égare »

 

Denis DIDEROT (1713-1784) – Philosophe français et perdu en route

 

 

Nous sommes en 2002 : la campagne présidentielle se joue sur le thème de l’insécurité. La droite gagne et lance avec son ministre de l’intérieur Nicolas Sarkozy un grand plan tape-à-l’œil de tolérance zéro à l’égard des voyous et des petits délinquants qui occupent nos cages d’escalier et pourrissent notre quotidien. Pour bien faire, il n’oublie pas les criminels de la route et les chauffards et mène une politique de sécurité routière volontariste pour avoir des résultats.

 

Tout le monde a en tête ces spots télé qui se veulent impactants où des conducteurs se crashent quand ils grillent un feu rouge, des jeunes filles sont handicapées à vie pour avoir pris le volant après une nuit d’ivresse et des familles sont en deuil quand elles apprennent la mort de leur fils au téléphone. Âmes sensibles s’abstenir, mais les plus émus sont les auteurs de ces campagnes. Le slogan était « Sécurité routière, changeons ! ». Nous n’avons pas changé.

 

La droite a renforcé et étendu l’arsenal répressif telle une arme de dissuasion massive. Les amendes ont augmenté, les points du permis ont fondu et les contrôles routiers se sont multipliés. L’emblème du dispositif reste les trop fameux radars, connus et désormais reconnus par tous les conducteurs et leurs appels de phare. Ils sont placés au bon endroit pour flasher l’automobiliste. Remplir les caisses de l’Etat ou lutter contre la mortalité routière, il faut choisir. Or ceux qui font la loi n’ont pas toujours le bon code de conduite.

 

Les dispositifs sont suspects car ils ne vont pas jusqu’au bout de leur logique. Le permis à points doit limiter le nombre d’infractions or les contrevenants font des stages de récupération de points. La consommation d’alcool est dangereuse pour la conduite mais on autorise 0,5 g/L de sang. Les radars fixes sont censés punir les fous du volant mais des radars pédagogiques en annoncent l’emplacement. Un beau cas d’école de couac de communication gouvernementale.

 

Mais les français sont des grands enfants et la sécurité routière et un terrain de jeu pour leurs gamineries. Malgré les 4000 morts annuels laissés sur le bord des routes - plus que le Sida - et les leçons apprises du code de la route, ils foncent droit dans le mur en perdant de vue la raison première qui a mené à l’édiction de tant de règles. La mode des détecteurs de radars qui sévit en toute illégalité illustre ce jeu du gendarme et du voleur qui en abolit toute peur.

 

C’est pourquoi les résultats sont décevants et ne s’améliorent qu’avec la crise, la hausse du prix du pétrole et le mauvais temps. La politique de lutte contre l’alcool au volant est à ce sujet édifiante. Les ministres se sont amusés avec l’idée du capitaine de soirée pour faire passer le message que celui qui conduit est celui qui ne boit pas. Les préfets ont fermé les débits de boisson en soirée mais la vente d’alcool en journée ne s’est jamais portée aussi bien. Les lobbys ont réussi à vendre leurs éthylotests aux décideurs. Mais l’alcool coule toujours à flots.

 

Or les accidents ne sont pas dus qu’à l’alcool et à la vitesse, les deux grandes cibles des gouvernements qui ne trouvent que ce qu’ils cherchent. Des raisons plus prosaïques et plus difficiles à dénoncer comme l’assoupissement au volant et l’état des routes sont responsables. « Tous responsables », encore un slogan niais donneur de leçon qui ne désigne pas clairement de coupables. Les campagnes publicitaires de la sécurité routière devraient moins chercher à choquer qu’à montrer le mauvais exemple en action pour que personne ne le suive.

 

Il est temps de changer la manière d’aborder le problème public de la sécurité routière. La droite l’a attaqué sous l’angle de la pure répression avec des mesures plus clinquantes qu’efficaces. Le pire, c’est que la gauche devrait l’imiter pour montrer qu’elle aussi en a dans le pantalon. Tous ignorent que les contrevenants ne sont pas dissuadés par l’ampleur des peines mais par la probabilité de les subir. Or on ne peut pas mettre des policiers partout. Tous ignorent qu’on ne peut pas faire la leçon à des personnes qui se croient toutes innocentes et qui sous couvert d’accuser l’autre sont toutes irresponsables. Alors il faut en refaire une affaire individuelle et privée. Là au moins, on peut espérer que chacun aura le respect de soi-même.

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commentaires

Faut pas pousser 22/09/2012 20:35

D'accord dans l'ensemble avec cette analyse. Mais pas 100% convaincu par la solution.

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