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6 septembre 2012 4 06 /09 /septembre /2012 01:30

« Il y a inflation quand la monnaie devient plus encombrante que les denrées »

 

Jean MISTLER (1897-1988) – Académicien français et qui rend la monnaie

 

 

La zone euro est en pièces. Jean-Claude Juncker a rallumé le feu en déclarant qu’une sortie de l’euro de la Grèce ne serait « pas une catastrophe ». Les rares initiés qui comprennent les déclarations d’une obscure clarté des responsables des autorités financières voient là le signe d’un renoncement. Après avoir dépensé tant de milliards d’euros, les européens reconnaissent qu’une sortie ne serait pas si grave. Face à la catastrophe, il faut feindre d’en être l’organisateur.

 

Ironie du sort, la Grèce est intimement liée à l’histoire de l’Europe et pas simplement parce que le mot « euro » est inscrit en grec sur les pièces de monnaie. Elle est le berceau de la civilisation. Ceux qui connaissent leurs classiques se rappellent également qu’en 1981, la Grèce intégrait la CEE et marquait un renouveau de la construction européenne avec des pays pauvres d’Europe du sud qui connaissaient un boom économique ahurissant. Autre ironie du sort, ce sont ces pays que l’Europe du nord critique pour leur laxisme budgétaire et leur fraude fiscale.

 

La Grèce incarne le modèle de l’Etat failli de l’Europe bananière. Elle peine à recueillir l’impôt auprès d’une population qui descend dans la rue à la moindre annonce de recul social. Son gouvernement est corrompu et népotique à l’image de la droite de Kóstas Karamanlis lors des incendies de l’été 2007. Et la gauche de Geórgios Papandreou qui a dû mener des plans de rigueur alors qu’elle n’est pas payée pour cela incarne l’échec des socialismes européens.

 

Il n’est alors pas étonnant que l’extrême droite et l’extrême gauche réalisent des scores hystériquement hauts aux élections législatives, même si comme souvent la droite et la gauche de gouvernement en ont récolté les fruits en s’alliant contre-nature. La dictature militaire est une tradition bien ancrée au pays de Périclès puisque Metaxás l’a gouvernée de main de maître dans les années 1930 avant que les colonels n’imposent leur régime jusqu’aux années 1970. La tradition contestataire est également forte notamment avec les émeutes étudiantes de 2008.

 

En 1945, Winston Churchill dénonçait le rideau de fer et l’ogre soviétique qui menaçait jusqu’à la Grèce. En 2012, l’empire européen qui devait résister à la barbarie fait appel aux capitaux chinois pour refinancer ses membres. Tel un pays du tiers-monde, la Grèce quémande au FMI des dollars et l’UE est incapable d’assumer un minimum de solidarité entre Etats avec la mutualisation de la dette par les eurobonds. Elle préfère une litanie de plans de relance inutiles et dangereux qui creusent encore davantage le déficit des Etats et des banques.

 

La sortie de l’euro excite les souverainistes de Debout la République et les europhobes du FN qui rêvent d’un retour au franc. Ils ignorent que ce serait une catastrophe pour la qualité de vie, la compétitivité et le prestige de la France. La dépréciation rampante et l’inflation galopante la condamneraient à l’isolement et à l’autarcie, terreaux de la guerre mondiale. C’est ce remède que préconisent ceux qui pour sortir de la crise suggèrent de sortir de l’euro.

 

L’euro n’a jamais eu la partie facile. Dès 1992 et avant même sa création, le faux philanthrope et vrai spéculateur George Soros attaquait l’euro et causait la récession sur tout le continent. Les requins de la finance de casino l’ont imité et des pays comme l’Italie et l’Espagne doivent payer des taux d’intérêt de 7% pour rembourser leur dette. Mais la zone euro n’a jamais été une zone monétaire optimale, au sens où ne l’entend pas François Baroin d’une zone où le différentiel de compétitivité entre membres n’a pas à être compensé par une dévaluation. Les capacités de production et d’exportation entre pays étaient et restent bien trop différentes.

 

La partie semble perdue : la BCE s’est dite « prête à tout » pour défendre l’euro comme pour mieux alerter les marchés sur l’absence d’actes qui ont suivi. Mais les solutions ne sont jamais loin. L’Europe doit recouvrir sa crédibilité perdue en assurant les investisseurs de sa solvabilité financière. Cela passe par un retour à une dette soutenable et non par une cure d’austérité. Cela passe par un euro faible pour exporter à l’étranger. Cela passe par une politique budgétaire commune et donc par un pas de plus vers l’Europe fédérale. Sinon, l’euro sera condamné à être une monnaie de singe qui n’aura menacé le dollar que dans les utopies.

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commentaires

Zébulon 06/09/2012 20:48

C'est vrai que ce n'est pas la solution. Mais rester dans l'euro nous sauvera-t-il ?

Vaste question.

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