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3 décembre 2012 1 03 /12 /décembre /2012 23:07

« Il ne sert à rien d’éprouver les plus beaux sentiments

si on ne parvient pas à les communiquer »

 

Stefan ZWEIG (1881-1942) - Ecrivain autrichien et politique de l’autruche

 

 

La politique c’est de la communication. Surtout et avant tout. Dans le langage courant, communiquer c’est se parler. Dans le langage recherché, communiquer c’est mettre en relation des communautés. Un bien bel enjeu à l’heure où le lien social s’effrite et où le projet politique se délite. Mais avant, il faut chasser bien des idées reçues sur la communication sans vision.

 

Dans l’inconscient collectif, la communication c’est de la créativité et des coups de folie. Des coups de com, comme disent les geeks de Facebook et les pros de Photoshop. Les queues de cheval bien en évidence, les publicitaires des campagnes électorales fouinent la petite phrase qui choque et le slogan qui claque. Ils ont compris avant les autres que la politique était surtout devenue une question d’image alors ils étrennent leur graphisme décoratif et font du superficiel. Ils en deviennent illisibles, et la politique devient inintelligible et inintelligente pour le citoyen.

 

On compare souvent la communication à la propagande, consistant à propager les idées pour orienter les opinions et à informer les foules pour former les gens. Or de la manipulation et du viol des cerveaux, le discours ambiant est surtout devenu une drogue douce qui endort l’esprit critique. Il ne dit pas quoi penser mais à quoi penser et comment le penser. Il contrôle l’agenda et impose le cadrage. Les français ont la parole : ils ont le droit de poser les questions. Loin du bourrage de crâne, c’est donc la censure qui abuse de leurs limites cognitives à retenir.

 

La politique est une fable où les acteurs racontent des histoires. Car le storytelling, c’est avant tout une présentation de soi du candidat qui sait qu’il a de multiples visages et qu’il doit montrer le bon à défaut de révéler le vrai. Ces masques font passer d’un excès à l’autre : de la dure solennité gaullienne à la difficile décrispation giscardienne et de la vraie rupture sarkozyste à la fausse modestie hollandaise. Le président normal joue la simplicité et en devient commun, tels Laurent Fabius mangeant ses carottes râpées ou Angela Merkel faisant ses courses. Banal.

 

On ne rêve pas vue la façon dont les hommes politiques nous parlent. La rigueur froide de leurs raisonnements étroits les pousse à optimiser le scénario de leurs campagnes comme s’il s’agissait de gestions de projets. Ils utilisent la télévision comme un simple canal de transmission pour toucher un large public. Ils utilisent les meetings seulement pour répondre aux piques de leurs adversaires comme dans un dialogue de sourds. Ils utilisent internet juste pour mobiliser et organiser des troupes de militants allant le pas militaire faire du porte-à-porte sur le terrain.

 

Le marketing politique est devenu la règle. Il est bel et bon de s’inspirer des pratiques de la communication privée pour rendre plus performante la communication publique, mais le marketing a malheureusement pris le dessus sur la politique. On vend un candidat comme on vend un yaourt c’est-à-dire pour son prix et pour sa qualité. On veut la notoriété et la réputation comme on préempte des parts de marché et des pertes d’audience. L’analogie entre élection et achat a ses limites or la communication finit par influer sur le message au lieu de le retranscrire.

 

L’homme politique est devenu le meilleur publicitaire de lui-même. Il clame en toute immodestie ses mérites et cache en toute indiscrétion ses failles. Il révèle davantage sa vie privée que ses décisions publiques avec le risque que les gens continuent à s’y intéresser même quand elle n’est plus valorisante. Le président est condamné à taire son mariage raté pour ne pas qu’on parle de son divorce réussi et le ministre montre sa femme pour cacher sa maîtresse.

 

Si c’est cela la seule vision que la classe politique propose, alors nous ne partageons pas le même monde. Car forcer à voir les réussites et forcer pour dissimuler les échecs, ce n’est pas de la communication mais de la prostitution. La tromperie organisée et institutionnalisée vit ses dernières heures. On voit alors que la meilleure communication, c’est celle qu’on ne fait pas.

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commentaires

Curator 04/12/2012 08:53

C'est pas faux...

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