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16 janvier 2015 5 16 /01 /janvier /2015 09:23

« L’Europe se substitue peu à peu à l’Amérique dans notre imaginaire »

 

Jérémy RIFKIN (1945) – Essayiste américain et toujours en projet

 

Après l’Europe qui crève, l’Europe de rêve ! Non pas tant celle des européistes d’une grande Europe unie sans frontières et avec une seule langue. Cette Europe est une utopie. Elle est condamnée à l’échec. Rêver d’une Europe unie, unique et unifiée, c’est nier les différences de cultures des peuples européens qui sont pourtant ses plus grandes richesses. L’Europe n’est l’Europe que parce qu’elle a la France et l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne, le Royaume-Uni et la Pologne et même la Russie.

 

L’euro-béatitude reprend pourtant des forces malgré les nombreuses claques qu’elle a pris récemment dans les urnes. Valéry Giscard d’Estaing appelle à lutter contre l’Europe décadente par une nouvelle Europa, recentrée autour de ses douze États d’avant 1992. Jean-Pierre Chevènement note le déclin du continent depuis 1914 et appelle pour y remédier à une Europe gaullienne. Daniel Cohn-Bendit prône une intégration plus forte, notamment en matière de fiscalité et de défense, oubliant qu’il faudra d’abord réaliser la convergence entre les pays avant de les unir.

 

L’Europe a inventé la plupart des valeurs qui font aujourd’hui la fierté du monde : la démocratie, le christianisme, l’individualisme, le capitalisme. Mais à chaque fois les nations ont triomphé de l’Europe et pas l’inverse. La construction européenne s’est faite pour la paix et contre les nationalismes agressifs des peuples. Or jamais l’idée d’un empire européen fédéral ou d’une fédération d’États-nation à l’américaine ne s’est imposée. Les États-Unis sont les États-Unis et l’Europe est l’Europe.

 

L’Europe des patries : concessions, négociation et protection

 

L’Europe dont on rêve c’est une union d’États souverains qui renoncent ensemble à des prérogatives pour les confier à une institution supranationale qu’ils dirigent. C’est pourquoi il est insupportable que la commission de Bruxelles fasse la leçon à la France sur sa politique intérieure. Le pouvoir appartient aux gouvernements au sein du conseil européen. Pas aux technocrates de l’Union européenne. Chaque pays est libre d’entrer et de sortir. C’est valable pour Schengen comme pour l’euro.

 

L’Europe ne sera légitime que si elle incarne l’Europe des peuples, l’Europe des nations, l’Europe des patries. Une Europe dirigée par ses États qui ait un projet et des résultats et qui ne renonce pas au bonheur et à la protection de ses citoyens. Cette vision d’une Europe plus démocratique que technocratique devra réussir à concilier les intérêts de ses différents membres. Trois chantiers sont concernés.

 

Tout d’abord l’économie. L’Europe a besoin de croissance or tous ses pays ne sont pas au même niveau. Il ne faut pas imposer des règles d’en-haut depuis Bruxelles mais faire des concessions réciproques entre États responsables. L’harmonisation sociale demandée par la France ne se fera que si elle consent à une harmonisation fiscale. La rigueur budgétaire voulue par l’Allemagne ne se fera que si elle renonce à sa rigidité monétaire. Faire des compromis, c’est le début d’une Europe des patries.

 

Ensuite la diplomatie. L’Europe ne parle pas d’une seule voix car ses États ont des intérêts différents. Elle n’a pas de politique étrangère commune car il n’y a pas de concert des nations. Elles ne se parlent pas. La France part seule en guerre tandis que l’Allemagne se claquemure dans le silence. Il faut relancer la négociation pour parvenir à des positions communes, avec une France dont la voix porte davantage.

 

Enfin les frontières. L’Europe de Schengen est une avancée pour la circulation des biens, des capitaux et des personnes. Mais l’abolition des frontières intérieures a eu pour effet pervers le délitement des frontières extérieures. La France est victime de l’Europe passoire car le continent africain entre chez elle par manque de contrôle de ses partenaires. Pour préserver l’identité de chaque nation, il faudra donc accepter de rééquilibrer la liberté de circulation par la protection des frontières.

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