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4 décembre 2012 2 04 /12 /décembre /2012 23:26

« Les seules limites sont, comme toujours, celles de la vision »

 

James BROUGHTON (1913-1999) – Réalisateur américain et sévèrement myope

  

 

La communication c’est de la politique. Ce n’est pas un enrobé qui met du vernis sur les différences, mais c’est une stratégie qui accompagne et oriente la décision par la connaissance qu’elle a du contexte social. Elle sait que ce n’est pas l’émetteur qui fait le message mais bien le récepteur. Le discours n’existe pas pour les fonctions qu’on lui donne mais bien pour les usages qu’on en fait. La bonne communication, c’est donc celle qui ne se voit pas et qui reste simple.

 

Loin de l’image débridée qu’on lui prête un peu facilement, la communication c’est de la cohérence. Pour maintenir la cohésion d’un groupe, il faut tenir la même ligne et être fiable. Les gens n’aiment pas les changements car ils aiment trop leurs habitudes. C’est pourquoi ils n’ont pas aimé que Nicolas Sarkozy passe du Karcher au bling-bling durant son quinquennat et du capitaine dans la tempête au protecteur du peuple dans la campagne. Ils aiment la stabilité.

   

La bulle médiatique recèle aujourd’hui beaucoup trop de risques pour que les dirigeants n’aient pas envie de les éviter. Le microcosme retient des bouts de phrase au pain au chocolat et bout à l’idée qu’on lui invente une polémique. La communication marche sur des œufs et est aseptisée tant elle est contrôlée par la prison des éléments de langage. Sous couvert de sérieux et de professionnalisme, on fuit le penalty et le but en or et on évite de courir le risque d’image en participant à des débats d’autistes sans vainqueur où le conflit et la passion sont les perdants.

 

C’est ce qui tue la politique. La crise de confiance dans les institutions et la sensation de malaise des citoyens vient de la difficulté des élus à faire comprendre ce qu’ils font, surtout si cela ne correspond pas à ce que veut l’électeur. Le peuple commande ses mandants alors qu’ils devraient le diriger vers ce qu’il y a de meilleur. La confiance amène la croissance et sépare les modèles politiques qui fonctionnent des modèles politiques qui ne fonctionnent pas. Mais pour l’obtenir, il faudrait oser expliquer ses actions et orienter les jugements. Il faudrait du courage.

 

Pour relever le défi, il faudra accepter de sacrifier sa bonne image. Le fin du fin, c’est de ne pas chercher à paraitre positif aux yeux du peuple. Pour faire parler et fuir l’indifférence, il faut afficher sa différence et axer son message. Avoir un parti-pris pour offrir un point d’entrée. On ne peut pas être tout à la fois, car les gens n’ont que deux hémisphères dans leur cerveau. Il ne sert à rien de tout annoncer d’un coût, mais il vaut mieux planifier les mesures qu’on égrène.

 

Il faut assumer ses points négatifs et montrer ses zones d’ombre : on peut être aimé ou détesté, mais autant que ce soit pour sa vraie personnalité. Il faut être soi en étant un autre et la jouer modeste pour accepter la critique : qu’on parle en bien ou en mal, l’important est qu’on parle de nous. Il faut attirer la bienveillance et écrire le scénario de sa rédemption : si on est bon, alors les attaques seront forcément désarmées par le renoncement à son image. L’opinion des autres est trop éloignée vue l’incommunicabilité des mondes pour qu’elle compte pour soi.

 

Le courage politique, c’est dire des choses qui ne plaisent pas toujours. Communiquer, c’est amener les gens à penser différemment et les convaincre que ses valeurs sont les bonnes. Tout simplement parce que ce sont des idées sincères et fortes. Le temps est revenu de donner au citoyen le choix de dire non et de dire réellement ce qui compte le plus à ses yeux. Il faut assumer ses opinions et prendre des risques car plaire à tout le monde, c’est plaire à n’importe qui. Au lieu de craindre le faux pas, il faut oser défendre sa position dans le conflit idéologique.

 

Car la démocratie passe avant tout par le débat. Rien n’est bon ou mauvais d’après des critères objectifs incontestables car tout est objet de lutte de définition et de sens. L’interactivité devrait être un devoir aussi important que celui de sobriété tant le pouvoir a besoin d’être remis en cause et mis en danger pour s’interroger et s’améliorer. Communiquer n’est pas informer. Si la confiance c’est croire ensemble, alors il faut accepter d’être autant critiqué pour ce qu’on fait de mal que célébré pour ce qu’on fait de bien. C’est la moindre des choses vu le contrat social.

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