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15 janvier 2015 4 15 /01 /janvier /2015 09:04

« L’Europe deviendra-t-elle ce qu’elle est en réalité,

c’est-à-dire un petit cap du continent asiatique ? »

 

Paul VALÉRY (1871-1945) – Philosophe français et pessimiste informé

 

Il semble que l’Europe arrive enfin à sortir peu à peu de la crise économique. Elle est passée par des moments difficiles, notamment lors des attaques contre la zone euro et sur le dossier de la dette grecque. Et elle doit sa survie à quelques décisions courageuses prises par le conseil européen sur le sauvetage des banques et par la BCE sur la baisse des taux d’intérêt. L’Europe semble pourtant condamnée pour longtemps à ne plus connaitre la croissance, la vraie. Mais le problème est ailleurs.

 

Sa crise la plus grave n’est pas économique mais bien institutionnelle, politique et démocratique. L’Europe n’inspire plus de la confiance mais de la colère. En 2004, au moment d’intégrer les dix nouveaux pays d’Europe de l’Est, l’Union européenne était majoritairement appréciée des français. En 2014, alors que ces derniers ont voté Front national aux élections européennes, la donne a changé. Les europhobes et les eurosceptiques ont pris le pas sur les europhiles et les européistes. 

 

L’Europe est en crise institutionnelle. La multiplication des instances de décision rend le fonctionnement de l’UE incompréhensible pour le citoyen lambda. Entre le conseil européen et le conseil des ministres, sans compter le Conseil de l’Europe qui n’a rien à voir. Entre une commission sans leader et un parlement sans débat, sans oublier un président sans charisme. Entre une cour européenne de justice et une cour européenne des droits de l’homme qui imposent leurs diktats aux États, on aimerait saisir la répartition des pouvoirs entre exécutif, législatif et judiciaire.

 

L’Europe est en crise politique. Elle est incapable de régler ses problèmes, et pas seulement en Ukraine faute d’une voix diplomatique unique. Elle peine à adopter une stratégie économique cohérente, tiraillée entre les intérêts presque contraires de ses membres. L’Allemagne est assez compétitive pour se passer d’une baisse de l’euro, tandis que la France est trop endettée pour revendiquer d’emprunter auprès de la BCE. C’est aussi le cas pour l’Europe des frontières, où un recul sur Schengen n’arrange pas tout le monde. Il faudra choisir entre l’entente ou la convergence.     

 

L’Europe est en crise démocratique. Elle est délégitimée car les peuples pensent que tout se décide à Bruxelles voire à Berlin, en dehors de leur propre volonté nationale. Ils n’ont peut-être pas tort. Or l’Europe s’occupe de tout, de l’essentiel à l’accessoire avec un goût prononcé pour les réglementations inutiles et les injonctions libérales. Il est donc facile d’en faire la cause de tous nos maux. Le projet européen originel de la paix et de la prospérité ne séduit plus, or jamais elles n’ont été autant en péril. 

 

Pour la France, agir en Europe

 

Il faut trouver des solutions. D’une part clarifier les compétences, en ne faisant agir et intervenir l’Europe que là où elle est plus efficace que les États. Par exemple sur la monnaie, le marché unique ou la politique industrielle. Pas sur les frontières, la politique de défense ou la politique fiscale. L’Europe sociale est une idiotie. C’est une Europe à géométrie variable qu’il faut, où chacun avance à son rythme. Ainsi l’Europe se reconstruira comme elle l’a toujours fait, par des solidarités de fait.

 

 

D’autre part refaire entendre la voix de la France, en reprenant notre place au sein du couple franco-allemand et en lui redonnant son rôle moteur. Comme sous De Gaulle et Adenauer, sous Giscard et Schmitt, et sous Mitterrand et Kohl. L’Europe fédérale est une ineptie. C’est une Europe des nations qu’il faut, avec une France forte qui impose ses vues. Cela passera par un compromis avec l’Allemagne. D’un côté Berlin doit consentir à une convergence sociale et à une politique monétaire plus expansive. De l’autre Paris doit travailler à une convergence fiscale et à une politique budgétaire plus restrictive. Car l’Europe est ce que nous en ferons.

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14 janvier 2015 3 14 /01 /janvier /2015 14:31

« Toute prison a une fenêtre »

 

Gilbert GRATIANT (1895-1985) – Professeur français et libre comme l’air

 

C’est désormais clair. Le gouvernement, par l’entremise de sa regrettable ministre de la justice Christiane Taubira, a décidé de régler le problème de l’engorgement des prisons françaises par une politique pénale laxiste. Face aux 65 000 prisonniers concentrés dans moins de 55 000 cellules, la garde des sceaux prend en effet le pari d’une non-exécution des peines pour ceux qui seraient condamnés à moins de cinq ans de prison. Quand on ne veut pas faire de la peine, on finit souvent par faire peur.

Pas étonnant que les mamies soient déjà terrifiées à l’idée que notre justice laisse en liberté des délinquants notoires sous prétexte qu’il n’y a pas de place pour eux au cachot. Il y aurait bien le bagne de Cayenne, mais Nicolas Dupont-Aignan l’a réservé aux djihadistes partis faire la guerre en Syrie. Les socialistes ont tort de vouloir aménager les peines de prison en mesures éducatives. Préférer la prévention à la répression, c’est forcément encourager le sentiment d’impunité par angélisme.

 

De là à tomber dans l’excès inverse de la tolérance zéro, il n’y a qu’un pas que nous ne franchirons pas. La droite, vent debout contre la réforme Taubira, est pourtant proche de tomber dans cette tentation du populisme pénal et de la volonté de punir. Elle oublie que la prison à l’origine n’avait pas vocation à enfermer pour punir, mais à protéger le coupable contre la loi du Talion des victimes et de la colère populaire. Ce n’est qu’après qu’elle devint ce lieu de correction, où le condamné ruminait son autoculpabilisation sous la surveillance perverse de la toute-puissance publique.

En concevant la justice non plus comme le garant du droit mais comme l’arbitre sévère des conflits et le maton intraitable des délits, la droite privilégie l’État pénal à l’État social. Elle ignore que la punition sourcilleuse de la moindre infraction, même mineure comme dans la récente affaire du « coup de boule » du footballeur Brandao, amène surtout à une sanction des pauvres, statistiquement plus enclins à tomber dans l’illégalité. Pointer du doigt le délinquant pour réhabiliter la victime, c’est souvent s’attaquer à celui qui a fauté pour célébrer celui qui ne l’a pas encore fait.

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13 janvier 2015 2 13 /01 /janvier /2015 09:02

« Elle a fait un bébé toute seule »

 

Jean-Jacques GOLDMAN (1951) – Chanteur français et fécondateur in vivo

 

C’est l’un des rares exploits que la gauche peut se targuer d’avoir accompli : elle a réussi en à peine deux ans à faire défiler dans la rue les deux publics qui aiment le moins manifester, à savoir les chefs d’entreprise et les familles catholiques. Ces dernières ont d’ailleurs vite appris. Elles excellent désormais autant que la CGT ou l’Unef dans l’art d’organiser des défilés. Le mariage pour tous a créé un monstre, la manif pour tous. Il faut bien dire que la politique familiale de la gauche le mérite.

Il y a d’abord la légalisation en catimini de la PMA et de la GPA pour les couples homosexuels. Les juges de la cour de cassation se sont engouffrés dans la brèche ouverte par la loi Taubira. Or la vraie question du débat sur le mariage homosexuel était de savoir qu’elle était notre conception collective de la famille. Si c’est celle d’un père et d’une mère, il ne fallait pas leur accorder ce droit car le mariage ouvre automatiquement à la filiation. Si c’est celle de deux parents de sexe indifférencié, alors il faut accorder la PMA aux homos comme on accorde la FIV aux hétéros mais punir clairement par la loi la GPA qui revient à une marchandisation des corps.

 

Il y a ensuite le « Munich social » entrepris sur les allocations familiales, grandes perdantes du budget de la sécurité sociale 2015. Bientôt pour faire des enfants en France, il faudra être soit très aisé soit très aidé. Et encore. En réduisant ces aides pour les familles les plus riches, le gouvernement socialiste a remis en cause un principe cardinal de la politique familiale à la française qu’est l’universalité des allocations. Les allocations familiales n’ont jamais eu de vocation redistributive, il y a d’autres aides pour cela. Mais la gauche trouve la justice sociale là où elle le peut.

Et pendant ce temps, on passe à côté des vrais débats qui mériteraient davantage d’attention sur l’avenir de nos familles en France. Au lieu de parler des familles homoparentales, il faudrait parler des familles monoparentales qui avec le droit au divorce généralisé sont un vrai drame pour l’éducation et l’équilibre de nos enfants. Un enfant c’est un père et une mère, pas un père ou une mère. Et au lieu d’ergoter sur le montant des allocs, il vaudrait mieux s’interroger sur les modes de garde des enfants en crèche ou par des assistantes maternelles, mal récurrent de nos villes.

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