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14 novembre 2014 5 14 /11 /novembre /2014 09:06

« L’honnêteté ne consiste pas à ne jamais voler,

mais à savoir jusqu’à quel point on peut voler »

 

Samuel BUTLER (1835-1902) – Écrivain anglais et voleur de poules

 

Jean-Christophe Lagarde vient d’être proclamé nouveau président de l’UDI. Le maire de Drancy a obtenu 53,49 % des suffrages militants au 2e tour, devançant ainsi le pourtant plus connu Hervé Morin qui n’a recueilli que 46,51 % des voix. Au 1er tour déjà, le vainqueur de l’élection était arrivé en tête avec 35,9 % devant son rival à 31,5 % et deux éliminés, Yves Jégo (en ticket avec Chantal Jouanno) à 21,5 % et Jean-Christophe Fromantin à 11,1 %. Le résultat semble donc incontestable.

 

Et pourtant… Pressentant sa défaite, Hervé Morin avait déjà relevé de prétendues magouilles au 1er tour avec ce chiffre qui laisse rêveur : Jean-Christophe Lagarde y avait obtenu 37 % de ses voix dans le seul département de la Seine-Saint-Denis. Le sien bien entendu. Il n’en fallait pas plus pour aviver les soupçons de fraude, celui qui est visé étant aussi réputé pour ses manœuvres pas très nettes dans son fief électoral qui à l’image des frasques de Claude Bartolone semble voué à la corruption.

Le maire de Neuilly Jean-Christophe Fromantin ne s’y est pas trompé et a d’ores et déjà renoncé à assister au sacre officiel de Jean-Christophe Lagarde ce dimanche. Il sait que cette victoire a un arrière-goût de soufre. Comme quoi, il n’y a donc pas qu’à l’UMP qu’on sait bourrer des urnes et truander une élection. Une élection qui a d’ailleurs surpris par sa discrétion, témoin le désintérêt total des médias pour ses résultats et son calendrier improbable avec des proclamations de résultats en pleine semaine et ses deux tours de scrutins séparés par près d’un mois de non-campagne.

 

Comme si le parti centriste avait voulu faire sa petite cuisine en famille, à l’abri des regards indiscrets ou trop discrets. Ce n’est certainement pas comme cela que l’UDI va se faire connaitre et augmenter son nombre ridicule de militants. Ce parti de notables lancé par Jean-Louis Borloo a presque dit adieu au rêve de son fondateur. Avec la victoire de Jean-Christophe Lagarde, c’est à une tactique inféodée aux intérêts de l’UMP que devrait se consacrer le lointain successeur de l’UDF.

 

Bourrages d’urnes et achats de voix

 

Déjà la finale entre Jean-Christophe Lagarde et Hervé Morin fleurait bon le parfum pas si ancien du Nouveau centre, parti ami de la droite qui s’était torpillé tout seul lorsque le premier avait publiquement désavoué et tourné en ridicule la candidature à l’élection présidentielle de 2012 du second. Finalement, le ministre de la défense renonça mais en garda une rancœur éternelle vis-à-vis de son ex numéro deux.

 

Hervé Morin a raison de se méfier de Jean-Christophe Lagarde. Il s’est fait dépasser, par des méthodes certainement contestables et peu glorieuses, et sait son ambition. Alors il monte la garde, prêt si besoin à contester le résultat des élections si les preuves de la magouille lui arrivent et à défaut à surveiller de très près son nouveau président qu’il accepterait pour préserver l’unité de la famille centriste. Le député de l’Eure sait qu’il a laissé passer sa chance. Pour le moment. La primaire ouverte avec la droite sera le moment de rebattre les cartes et de refaire campagne.

 

Il y a fort à parier qu’Hervé Morin y prendra de nouveau une ratatinée. Mais peu lui importe, pourvu qu’il y devance son désormais rival Jean-Christophe Lagarde, qui n’aura pas la tâche facile à la tête d’un parti certes requinqué par les élections municipales et sénatoriales mais qui ne sait pas encore s’il doit partir avec l’UMP aux élections départementales et régionales et qui a toutes les chances de se faire manger par l’ambition d’un François Bayrou. Mais il faut toujours rester prudent.

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13 novembre 2014 4 13 /11 /novembre /2014 09:55

« Un barbu c’est un barbu. Trois barbus c’est des barbouzes »

 

Lino VENTURA (1919-1987) – Acteur français et flic voyou

 

S’il y a quelque chose de pire que de ne pas être reconnu pour ce qu’on fait, c’est d’être accusé pour ce qu’on n’a pas fait. C’est du moins l’adage que doivent méditer ces jours-ci François Fillon et Jean-Pierre Jouyet, accusés par les journalistes Gérard Davet et Fabrice Lhomme d’avoir déjeuné le 24 juin dernier pour convenir d’une accélération des procédures judiciaires visant Nicolas Sarkozy. Le 30 juin, ce dernier était mis en garde à vue puis en examen pour corruption de magistrat.

 

Hasard ou coïncidence, la justice s’est très vite mise en branle pour tenter de mettre hors d’état de nuire l’ancien président de la république, lui trouvant même quelques jours plus tard une affaire où les risques qu’il tombe sont bien plus grands avec le remboursement par l’UMP de l’amende de 400 000 euros pour le dépassement des comptes de campagne de 2012. La thèse socialiste de l’Élysée qui n’attente plus à l’indépendance de la justice prend donc du plomb dans l’aile avec cette révélation.

Plus troublants, les changements de version de Jean-Pierre Jouyet. Le secrétaire général de l’Élysée a d’abord démenti l’existence de la rencontre, avant de revenir à ses propos tenus le 20 septembre devant les deux journalistes du Monde selon lesquels l’ancien 1er ministre lui aurait demandé de « taper vite » pour faire tomber l’ancien président, avant de se rétracter. La droite appelle déjà à la démission de ce proche collaborateur de François Hollande, gaffeur impénitent et piètre politique.

 

Cette affaire met à jour l’entresoi détestable (Jean-Pierre Jouyet fut secrétaire d’État aux affaires européennes de Nicolas Sarkozy et François Fillon avant de devenir le personnage administratif le plus important de la Hollandie) de nos élites et crédite l’hypothèse d’un cabinet noir de l’Élysée contre Nicolas Sarkozy. Un cabinet qui à l’image de Christiane Taubira prétend ne rien savoir des procédures judiciaires alors qu’il utilise les pires méthodes de barbouzes pour les suivre ou les accélérer.

 

Affaire d’État ou affaire détail ?

 

La conjonction de cette révélation avec la campagne interne à l’UMP n’est pas due au hasard. On peut penser sans risque de se tromper que celle-ci a été téléguidée par l’Élysée, qui verrait d’un bon œil une nouvelle guerre des chefs à droite. Dans cette affaire, il parait clair que François Hollande a pris un malin plaisir à dépêcher son secrétaire général et ami de trente ans pour tendre un piège à François Fillon puis instrumentaliser des journalistes également amis et à la botte du pouvoir.

 

Le ton affirmatif et accusatoire de Gérard Davet et Fabrice Lhomme est en effet la signature de leurs opinions de gauche. La plainte déposée par François Fillon était pour lui le meilleur moyen de prouver sa bonne foi, le parole contre parole menant rarement à l’éclosion d’une vérité judiciaire. La cassette des journalistes pourra confirmer les propos de Jean-Pierre Jouyet, mais l’ancien 1er ministre pourra accuser le secrétaire général de diffamation. Ce dont il est permis de douter.

 

Personne n’ignore la haine sourde qui lie François Fillon à Nicolas Sarkozy. Celui-ci passera l’éponge publiquement pour maintenir l’unité de sa famille politique, mais il sait que son ancien « collaborateur » lui a déclaré la guerre pour les humiliations passées et le recours selon lui indu aux finances de l’UMP pour payer ses factures. Affaire d’État ou affaire détail, la droite est revenue dix ans en arrière, quand Dominique de Villepin voulait couler « le nabot » dans l’affaire Clearstream.

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12 novembre 2014 3 12 /11 /novembre /2014 09:07

« Les sages émettent des idées nouvelles. Les sots les répandent »

 

Heinrich HEINE (1797-1856) – Poète allemand et vieux sage

 

Les mythes du sauveur, du retour et de l’union sacrée sont trois invariants de notre histoire politique. Ce sont ces trois mythes que Nicolas Sarkozy a cherché à flatter en revenant dans l’arène pour tenter de redevenir président de la république. Il a suivi en cela trois modèles, trois présidents de la république qui comme Napoléon Bonaparte naguère ont sauvé la France en crise et réitéré l’exploit après un retour : le Général de Gaulle, Raymond Poincaré et Gaston Doumergue. Voilà leurs histoires.

 

Charles de Gaulle (1890-1970) fut président de la république de 1958 à 1969. Il était militaire, ce qui ne le prédisposait pas à faire de la politique tant l’armée se devait d’être la « Grande muette ». C’est pourtant lui qui, l’amour de la France chevillé au corps, sauve une première fois la France de la défaite avec son Appel du 18 juin 1940 avant de faire triompher la Résistance en 1944. Son gouvernement provisoire de la république rappelle alors le gouvernement de la défense nationale en 1871.

Partisan de l’union et du rassemblement au-dessus des partis, c’est en sauveur qu’il fait son retour en 1958 pour sortir la France de la crise institutionnelle. Son coup d’État réussi avec la fameuse opération Résurrection lui permet d’instaurer la Ve République et de résoudre le problème de la Guerre d’Algérie. C’est à ce souvenir de l’homme providentiel que Nicolas Sarkozy, en bon gaulliste, fait bien sûr référence quand il revient. Le général n’est pourtant pas le premier à avoir réussi un retour.

 

Poincaré et Doumergue, les premiers revenants

 

Raymond Poincaré (1860-1934) fut président de la république de 1913 à 1920. Figure de la IIIe République, il sera plusieurs fois ministre et cinq fois président du conseil. Son mandat de chef de l'État est bien sûr marqué par la Première guerre mondiale, pendant laquelle il est l'artisan de l'Union sacrée reprise aujourd’hui à son compte par Nicolas Sarkozy : « La France sera héroïquement défendue par tous ses fils, dont rien ne brisera devant l’ennemi l'Union sacrée ». Il n’en est pourtant pas resté là.

 

Il redevient dix ans après son premier passage président du conseil en 1922, mais sa politique de rigueur budgétaire le rend impopulaire et il démissionne en 1924.

On le rappelle en 1926 devant l’ampleur de la crise financière. Il forme alors un cabinet d’union nationale, et revient à une politique d’austérité financière. Le franc Germinal est remplacé par le franc Poincaré d’une valeur cinq fois moindre. Malade, il se retire de la scène politique en 1929 non sans avoir de nouveau sauvé le pays.

 

Gaston Doumergue (1863-1937) fut président de la république de 1924 à 1931. Ministre sans interruption de 1902 à 1905 et de 1906 à 1910, il est une première fois président du conseil en 1913 à la demande de Raymond Poincaré, qui cherche un conciliateur capable de former un cabinet d'entente républicaine. De nouveau ministre entre 1914 et 1917, il devient président de la république en 1924 et se retire à l’issue de son mandat, marqué par la prospérité mais aussi par la crise du franc.

 

Toujours populaire, on le tire de sa retraite politique pour en faire le président du conseil après les événements du 6 février 1934. Il forme alors un gouvernement d'union nationale. Malgré un redressement des finances, cette tentative échoue. En mauvaise santé, il lui est difficile d'arbitrer à l'intérieur d'un cabinet incluant de jeunes espoirs politiques des années 1930 issus de tous bords et qui ne s'entendent pas. Une leçon à méditer pour Nicolas Sarkozy s’il veut s’entourer de jeunes.

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