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9 mars 2013 6 09 /03 /mars /2013 01:50
« Si l’homme échoue à concilier la justice et la liberté, alors il échoue à tout »
 
Albert Camus (1913-1960) - Ecrivain français et toujours plus juste
 
 
Longtemps on a cru que justice sociale et croissance économique marchaient ensemble. La justice sociale était le meilleur moyen de motiver les travailleurs à œuvrer à la croissance économique et la croissance économique était le meilleur moyen de financer la justice sociale. Les bourgeois socialistes qui nous gouvernaient dépensaient à tout-va et tout allait bien puisque la production augmentait chaque année. C’est cette vision erronée qu’il faut oublier. La justice sociale nuit à la croissance économique et la croissance économique nuit à la justice sociale.
 
Le temps du socialisme théorique où l’on pouvait à la fois être libéral et étatiste est bien révolu. Le choix de mener des politiques sociales est devenu un vrai engagement avec le devoir de réduire la dette budgétaire de la France. On n’engage pas de dépense. On a même tendance à les réduire. La promesse que nos enfants vivent mieux que leurs parents est définitivement en passe d’être non-tenue. A l’heure de la régression sociale, il est pourtant demandé de consentir des sacrifices pour redresser le pays. Il est temps de démontrer notre volonté de vivre.
 
Rien n’est moins facile. Un peuple qu’on a habitué en toute impunité à vivre au-dessus de ses moyens connaitra forcément une profonde crise morale si on le force à changer pour en plus vivre moins bien. C’est le cas de la France, qui à l’époque des temps consensuels exigeait que ses dirigeants fassent du social et qui souvent parvenait à ses fins. Ces gouvernants n’ont pas su dire non. Aux sirènes de la démagogie de la retraite à 60 ans. Aux chants séducteurs de la semaine de 35 heures. Aux violons désaccordés des acquis sociaux et des droits nouveaux.
 
Une nation qu’on cajole est perdue pour l’ambition. Si vous lui donnez raison sur tout, elle sera ingouvernable. Telle est la France démobilisée et démoralisée qui au temps des trente glorieuses se gavait avec l’argent que paient aujourd’hui ses enfants. Le développement du sous-développement est patent, autant dû à des entreprises faibles qu’à de tristes mentalités. La crise de la parole politique est bien là, peu rattrapée par une propension incurable au mensonge. Le modèle social que tout le monde nous envie est mort, lacéré de déficits et de fraudes.
 
La société de confiance que devait construire la sécurité sociale de 1945 n’a jamais passé le stade de la croissance. Les plus pauvres souffrent de cette nouvelle pauvreté qu’on appelle disqualification sociale. Ils se contentent de peu et c’est le maximum qu’ils peuvent espérer, tant leurs rêves sont bornés par des barrières invisibles et infranchissables. Les plus riches craignent ce nouveau risque qu’est l’insécurité sociale. Comme tout le monde est identique, chacun craint de ne plus l’être et de payer plus que les autres. Tant il est vrai qu’on jouit avant de payer.
 
Pris dans leurs passions et leurs intérêts, les français oublient qu’ils ne pourront sortir de la crise que tous ensemble. S’ils avaient dès le départ consenti les efforts nécessaires avec une augmentation des impôts et une baisse des dépenses, le chômage serait moins haut et la dette moins délirante. Mais la crise du lien social est telle qu’ils préfèrent vivre les uns sans les autres et les uns contre les autres que les uns avec les autres et les uns pour les autres. Libres ensemble mais surtout individualistes dans la vie commune, ils forment plus que jamais une dissociété.
 
Leur sens du vivre-ensemble est aussi développé que celui du toucher chez un brûlé au troisième degré. Il n’y a qu’à regarder les trois modèles de systèmes sociaux qui existent et voir pour lequel va leur préférence. Le social-démocrate prône le dialogue et la flexisécurité. Le libéral prône l’inégalité des places en veillant à ce que chacun en ait une et l’égalité des chances en offrant à tous un filet de sécurité. Le corporatiste prône l’addition des avantages acquis mais qu’à ceux qui se sont battus pour les avoir. Il faut être dans le système pour y prospérer.
 
C’est celui dans lequel vit la France et c’est celui qui l’empêche de tout avoir. La justice sociale, tant l’inégalité y est une garantie. La croissance économique, tant l’inefficacité y est une vérité. Pour en sortir, il faudra du sacrifice et de l’envie. Oser se battre pour ce en quoi on croit et travailler ensemble au redressement du pays. En finir avec trente, quarante ou soixante-dix ans de pureté dangereuse à faire des politiques sociales pour s’attirer la popularité alors qu’elles nuisent à la santé économique et à privilégier les chiffres économiques sur la cohésion sociale.
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7 mars 2013 4 07 /03 /mars /2013 06:59

« L’humour juif c’est quand ce n’est pas drôle et que ça ne parle pas de saucisses »

 

Jean DUJARDIN (1972) – Acteur français et grand humoriste

 

 

Tout le monde a déjà entendu parler de la Shoah. Forcément. On nous rabâche assez les oreilles avec ce certes triste événement pour qu’on ne puisse passer à côté. Dans les livres d’histoire, dans les débats politiques, dans les informations des médias. Le juif est intouchable. Autant qu’au début du XXème siècle, période qui précéda les camps d’extermination. Le juif était détesté du peuple et c’est pour cela que les dirigeants usèrent de l’antisémitisme pour gagner des élections. Sans la haine généralisée du juif, jamais Hitler n’aurait osé parler de race aryenne.

 

Les masses croient toujours plus en la fiction que dans les faits. Elles aiment les secrets. Peu importe que les légendes obscures et occultes qu’elles gobent n’aient juste aucun semblant de vraisemblance. Elles préfèrent un imaginaire cohérent à une réalité inconsistante. Elles ne croient que ce qu’elles ne voient pas. Alors pour s’expliquer l’inexplicable pouvoir d’influence des juifs dans les sociétés européennes de la fin du XIXème siècle, elles se rallièrent à la thèse du complot et de la conspiration juive mondiale. Une explication simpliste à la complexité sociale.

 

Les masses n’ont pas changé. L’immigration en provenance du Maghreb et d’Afrique subsaharienne est sans doute l’un des faits sociaux les plus marquants des 40 dernières années en France. Elle a ramené avec elle son lot de fausses croyances et de vrais mythes qui orientent en filigrane notre inconscient collectif. Les jeunes délinquants arabes ont de grosses voitures car ils se font de l’argent avec le trafic de drogue. Les investisseurs qataris achètent la France avec la corruption et des avantages fiscaux indus. Les femmes voilées musulmanes posent des bombes.

 

La conspiration secrète a ceci d’efficace qu’elle ne peut être ni prouvée ni réfutée. Elle est un mensonge qui tranquillise bien plus que ces vérités qui inquiètent. Pour conjurer la peur née de la crise des années 1930, les nations européennes ne trouvèrent rien de mieux que de s’inventer un bouc émissaire. Cela permet toujours de se soulager, de se sentir quelque chose en tapant sur quelqu’un, de ne pas avoir à assumer soi-même ses responsabilités. Le réalisme plutôt que la réalité, la stabilité plutôt que l’incertitude, l’émotion plutôt que la raison.

 

Aujourd’hui encore, notre société à un bouc émissaire avec l’immigration. « 3 millions de chômeurs, 3 millions d’immigrés : cherchez l’erreur ». Un slogan qui a aussi bien servi sous les nazis que pour le FN. L’étranger est la victime expiatoire idéale pour expliquer les échecs de l’économie française depuis 40 ans, de la crise de 1973 à la crise de 2008. Sans les noirs et les arabes, la France se porterait si bien. C’est oublier un peu vite que beaucoup des réussites les plus brillantes de ses dernières années sont le fait d’enfants d’immigrés. Que cela plaise ou non.

 

Le contrôle social consiste à exploiter les peurs des gens. La haine amène naturellement l’extermination quand les arguments politiques se saisissent de ses croyances collectives pour servir leur propre cause. Quand la critique de l’État et des institutions ne devient plus un tabou, la pensée et la science ne sont plus d’aucun secours. L’holocauste était une mission historique pour les peuples de ces années-là. Ils la cautionnèrent. Habitués à haïr le juif en tant qu’ennemi de classe, le déclassé qui avait tout perdu avec la crise pensait compenser grâce à Auschwitz.

 

Les idées politiques ne créent pas les opinions sociales. Elles ne font que les confirmer. La stratégie du FN et même celle du pain au chocolat ne font que s’appuyer sur le racisme le plus banal pour rassembler les électeurs. Ce ne sont pas seulement les hommes politiques qui sont racistes, mais aussi les gens qui votent pour eux. Sans parler des médias qui relaient l’image de banlieues isolées et socialement discriminées, créant ainsi une dualité malsaine entre « eux » et « nous » que ces premiers usent pour dénoncer le manque d’intégration et jouer les victimes.

 

Une terrible guerre ethnique couve en France. A la conspiration juive mondiale pourrait bien succéder en effet une conspiration anti-arabe nationale, basée sur une propagande habile exploitant aussi bien les symboles que les croyances des gens. Une bonne propagande, c’est une propagande qui fait écho aux interprétations sociales de la réalité et non seulement à la réalité. L’antisémitisme politique a eu du succès car les gens étaient antisémites. Sinon, les génocidaires n’en auraient jamais parlé. On sait ce qu’il reste à faire si on veut résister au racisme politique.

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6 mars 2013 3 06 /03 /mars /2013 06:30

« Tu es le roi des cons au pays des emmerdeurs »

 

Eric TOLEDANO (1971) – Dialoguiste français et sans vocabulaire

 

 

La Belgique est l’homme malade de l’Europe. On connaissait les histoires belges que le tonton tente de raconter aux repas de famille en imitant avec plus ou moins de succès l’accent et en ponctuant chaque phrase d’un bon « une fois ». Mais le pays du plat pays a réussi à faire pire avec la vaste blague du divorce entre flamands et wallons. Resté sans gouvernement durant plus d’un an, il a finalement trouvé une solution avec un ministère patraque nommé par le roi des belges qui change tous les six mois et qui administre difficilement une nation ingouvernable.

 

Tout est d’ailleurs parti d’une blague, cette fausse bonne nouvelle diffusée sur la chaîne publique RTBF qui annonçait une partition de la Belgique. Plus provocation que propagande, elle permit alors à un pays de prendre conscience de jusqu’où il en était arrivé sur l’échelle de Richter de la haine entre concitoyens. Les flamands veulent faire sécession. Ils sont plus riches que les wallons et leurs impôts servent à financer l’emploi aidé de leurs compatriotes. Avec en plus de cela, une rancœur ethnique propre à tout pays multinational et plurilinguiste.

 

Qu’importe que les francophones aient commencé en premier à dénigrer la pauvreté économique des germanophones à l’époque où ils profitaient d’une industrie florissante. Les temps ont changé mais la Belgique est toujours aussi divisée. Avec le risque qu’il y en ait deux. La Belgique est un État jeune puisqu’elle est née en 1831. Elle n’a toujours été unie que par sa famille royale surtout du temps où le Congo belge lui appartenait en propre. La Belgique est un petit pays et elle prend toujours avec humour les misères qui lui arrivent. Même la séparation.

 

Les séparatistes sont avant tout des nationalistes. Tels les tchétchènes en Russie ou bien les catalans en Espagne, ils revendiquent une nation pour eux alors que l’heure est à l’union de l’Europe. Inspirés par l’extrême droite locale, ils font un tabac aux élections sur le thème de la haine du français et se fichent royalement que Bruxelles soit une ville neutre capitale de l’UE au milieu de ce désastre. Ils veulent tout envoyer dinguer, quitte à ajouter de la crise à la crise dans un pays qui n’a plus connu de grands dirigeants depuis les pères de l’Europe. Cela fait loin !

 

L’Europe justement, fait la politique de l’autruche ou de l’Autriche dans cette affaire où nul ne revendique directement le traité de paix séparé mais où chacun devine bien les envies d’ailleurs de l’autre. Pour redorer le blouson de la Belgique, il faudrait que le brave Herman Von Rompuy qui préside aux destinées du continent rompe avec cette habitude gallo-grecque de s’éloigner de tout débat politique dès lors qu’il ne touche plus à des matières ennuyeuses et bureaucratiques. Car sa gestion du cas belge, c’est pour l’instant du travail de portugais !

 

Des Alpes pyrénéennes au Périgord thaïlandais, jamais on n’a vu une patrie se détruire avec autant de franchise et se déchirer avec autant d’ostentation. Le péché originel de ce pays est d’avoir voulu unir la France du nord, les Pays-Bas du sud et l’Allemagne de l’ouest dans un département français situé au carrefour des échanges commerciaux et économiques européens. Ils sont fous ces belges ! Cela montre aux collectivités territoriales qui veulent s’unir qu’on ne parvient jamais à faire de fusions. Chaque structure qui se crée s’empile sur les précédentes.

 

Il faut désormais être naïf ou natif pour croire que les choses n’iront pas plus loin. On ne tire plus sur une ambulance mais sur un hôpital quand on dit que les heures de la Belgique telle qu’elle existe actuellement sont comptées. Son nouveau visage dépendra notamment du talent de ceux qui voudront la diviser en prétendant la réformer. Le contexte offre des fenêtres d’opportunité politique pour changer les choses mais les structures ne font pas tout. Il suffit que les acteurs qui les font changer ne soient pas à la hauteur pour que la situation reste en l’état.

 

Farpaitement ! Caricaturale et caricaturée, la Belgique est un pays qui n’en est sûrement encore qu’à sa préhistoire. Elle sera certainement le laboratoire d’un nouveau modèle fédéral, où des régions autonomes se gouvernent elles-mêmes et ne gardent une identité commune que par leur nom. Une deuxième Tchécoslovaquie. Des sous-États-Unis. Certes la Belgique ne fait pas rêver avec ses jolis ports de pêche et ses blagues pas marrantes mais elle aspire aujourd’hui à autre chose : enfin sortir du cauchemar qui lui fait dire « deux fois » qu’elle est une nation.

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