Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
3 janvier 2015 6 03 /01 /janvier /2015 09:58

« Il y a dans l’exercice du pouvoir une forme d’amateurisme.

Jusqu’au sommet de l’État »

 

Julien DRAY (1955) – Homme politique et professeur de François

 

Accordons-nous une récréation avec une rapide revue d’effectif du gouvernement. Un gouvernement ramassé de 16 ministres qui n’arrête pas de se ramasser tant il n’y en a aucun pour rattraper les conneries de l’autre. Des sous-doués au pouvoir. Une équipe de bras cassés qui rappelle que l’art de gouverner consiste avant tout à faire le vide autour de soi pour paraitre meilleur. Nous nous concentrerons sur trois cas inquiétants : Michel Sapin, Jean-Yves Le Drian et Bernard Cazeneuve.

 

Michel Sapin est sinistre des finances et des décomptes publics. Il a échoué partout où il est passé. Comme ministre du chômage, ce hollandais historique passait son temps à commenter les hausses mensuelles et à regarder passer les trains. Sans jamais perdre de son légendaire optimisme, qui tranche avec le désespoir de ceux toujours plus nombreux qui perdent leur travail. Il met la même application à ne pas tenir ses engagements à son nouveau poste, en témoigne l’envolée des déficits.

 

Cet homme au demeurant jovial n’est jamais celui qu’il faut là où il faut. C’est avant tout un énarque qui aime collectionner. Les pièces de monnaie, sa grande passion étant la numismatique. Les postes ministériels, sa première nomination datant du gouvernement d’Edith Cresson en 1992 avec Bercy déjà. Les mandats, surtout s’il peut en démissionner comme il le fit à deux reprises à la tête du Conseil régional du Centre. Enfin débarrassé d’Arnaud Montebourg, Michel Sapin va peut-être réussir avec Emmanuel Macron au ministère de l’économie. On attend de voir. Note : 5/20.

 

Jean-Yves Le Drian est ministre de la défense et de la défonce. C’est lui qui suit les dossiers des guerres au Mali et en Iraq. Du moins sur le papier, car c’est surtout un sous-ministre sous tutelle du président de la république tant ce dernier a tous les pouvoirs en tant que chef des armées sous la Ve République. Cet autre breton de la Hollande Touch n’a pas un charisme fou, mais c’est un fidèle de la première heure. Un grognard. Il a été nommé par amitié plus que par compétence. Comme Bernard Pons, Jacques Toubon et Jean-Louis Debré sous Jacques Chirac. Note : 7/20.

 

Un conseil de classe où personne n’a la moyenne

 

Bernard Cazeneuve est un ministre de l’intérieur particulièrement discret au regard de ses prédécesseurs. Passe-muraille, dirons-nous, tant il met en avant son action au service de l’intérêt général au détriment de sa personne. Il joue les modestes et cela lui ressemble : là où Manuel Valls aurait affiché son autorité contre la menace terroriste, lui essaie de calmer le jeu et relativise le danger. Un homme de devoir.

 

Il ne fait pas d’ombre au président ni au 1er ministre et c’était le but recherché. On sait trop comment la place Beauvau a réussi à ses devanciers, notamment à Nicolas Sarkozy qui par son hyperactivité médiatique a tué le job pour longtemps. Le maire de Cherbourg ne fait pas de vagues, et c’est bien là tout ce qu’on lui demande. Il ne fait rien et c’est ce qu’il fait de mieux. Moins un pour son habillement. Note : 9/10.

 

Forcément, ce casting change des Jacques Delors, Pierre Joxe ou Roland Dumas de la belle époque socialiste. En ajoutant des sous-fifres comme Sylvia Pinel et Fleur Pellerin et des sous-secrétaires d’État comme André Vallini et François Rebsamen, on peut désespérer des chances de s’en sortir de ce ministère patraque. Un conseil des ministres de cancres. Un conseil de classe où personne n’a la moyenne.

Repost 0
2 janvier 2015 5 02 /01 /janvier /2015 09:11

« Monsieur Thiers n’a jamais eu qu’une seule pensée :

il a toujours songé à Monsieur Thiers »

 

Honoré de BALZAC (1799-1850) – Écrivain français et critique littéraire

 

Ils symbolisent tous deux ces classes dirigeantes françaises du XIXe siècle qui ont érigé un ordre institutionnel stable après l'effondrement de la monarchie absolue en 1789 et l'échec de la Restauration en 1830. François Guizot (1787-1874) et Adolphe Thiers (1797-1877) ont connu des destins parallèles bien que souvent opposés. L’un était conservateur, garant de l’ordre établi avec sa grande rigueur morale. L’autre était conversateur, prompt à user de son charme pour survivre par tous les régimes.

 

François Guizot est à la base historien, élevé dans une famille protestante nîmoise dont le père fut exécuté par la Terreur en 1794. Il en gardera une méfiance éternelle vis-à-vis de la révolution. Sa mère, une femme aux manières simples, se chargera de l’éduquer et de lui transmettre son goût du devoir. Ses talents littéraires étaient considérables, et lui serviront à intégrer la société parisienne sous l’Empire. François Guizot sera un membre influent des doctrinaires, ce parti libéral prônant la modération face aux excès de la révolution et de l’esprit démocratique de l’époque.

 

Adolphe Thiers est un ambitieux provincial venu de Marseille, devenu journaliste à Paris. Historien de la révolution, il contribue aux Trois Glorieuses et à l’avènement de la Monarchie de Juillet dont il sera deux fois président du conseil. Plutôt classé à gauche, il entre le 11 octobre 1832 dans le premier ministère Soult comme ministre de l'intérieur. Louis-Philippe le nomme chef du gouvernement du 22 février 1836 au 6 septembre 1836. À nouveau président du conseil du 1er mars au 29 octobre 1840, il est écarté au profit de François Guizot après la crise avec la Grande-Bretagne.

 

Le légitimiste contre l’orléaniste

 

Ces deux grands rivaux ont suivi le même chemin, bien que les circonstances mirent d’abord Adolphe Thiers dans l’opposition et François Guizot au pouvoir. Orléaniste, le premier est partisan d’une monarchie constitutionnelle où « le roi règne mais ne gouverne pas ». Légitimiste, le second est l’inflexible ultra d’une monarchie limitée dirigée par un nombre limité de bourgeois où « le trône n’est pas un fauteuil vide ». C’est cette intransigeance tant critiquée par son adversaire qui lui vaudra sa perte.

 

François Guizot est nommé ministre de l’instruction publique le 11 octobre 1832. Un  ministère technique dans lequel il excella puisqu’on lui doit la loi du 28 juin 1833 organisant l’école primaire en France. Il sera de 1840 à 1848, soit une durée inédite dans l’histoire politique récente, le maître à penser du gouvernement. Son premier souci fut en tant que ministre des affaires étrangères de maintenir la paix avec les autres puissances européennes. En 1847, il est président du conseil. Son refus que soit élargi le suffrage est directement à l’origine de la révolution de 1848. 

 

Adolphe Thiers lui survivra. Rallié à la république avec l’idée de la réorienter en une monarchie à l’anglaise, il en est l’instigateur puisqu’il a encouragé la campagne des banquets qui demandait une baisse du cens. Il appuie la candidature de Louis-Napoléon Bonaparte à la présidence en croyant que « c’est un crétin qu’on mènera ». Opposé au coup d’État du 2 décembre 1851, il ne se ralliera jamais à Napoléon III auquel il demande les « libertés nécessaires ». Chef de l’opposition libérale, il devient le 17 février 1871 à la chute de l’Empire le premier président de la IIIe République.

 

Il conclut avec la Prusse de Bismarck un traité de paix qui provoquera la Commune de Paris. L’insurrection est écrasée sans pitié par l’armée, ce qui ternit durablement sa réputation. Son ralliement définitif à la république conservatrice provoque en mai 1873 sa mise en minorité face aux monarchistes et entraîne sa démission de la présidence de la république. La riche carrière politique d’Adolphe Thiers s’arrête là.  

 

François Guizot préféra se retirer de la vie politique que de s’accrocher au pouvoir. Il passa de la position d’homme d’État le plus puissant d’Europe à celle de citoyen spectateur de son temps. Personne ne douta jamais de son désintéressement dans son comportement personnel. Il méprisait l’argent. Il n’avait juste pas compris qu’une vision moins absolue aurait sauvé les principes auxquels il croyait. Mais dans sa certitude de détenir la vérité, il adhéra jusqu’au bout à ses propres convictions.

Repost 0
31 décembre 2014 3 31 /12 /décembre /2014 14:27

« Il n’y a que deux conduites dans la vie : ou on la rêve ou on l’accomplit »

 

René CHAR (1907-1988) – Poète français et dans la lumière

 

Ils côtoient les plus grands au quotidien. Ils sont leurs éminences grises, voire leur matière grise. Plumes, assistants parlementaires, directeurs de cabinet : ce sont les conseillers de l’ombre de ceux qui nous dirigent. Ils agissent en coulisses pour que leur patron soit le meilleur de tous sur scène. On ne les voit que rarement car on n’a pas à les voir. Ces conseillers du prince sont là pour conseiller. Pas pour briller.

 

Le plus célèbre d’entre eux est bien sûr Machiavel. L’homme qui a écrit « Le Prince » n’avait rien à voir avec celui qui a écrit « Le Petit prince ». Il était bien plus cynique, calculateur et pragmatique. En un mot, machiavélique. Machiavel est inévitable dans l’histoire des idées politiques parce qu’il est le premier à avoir pensé l’exercice du pouvoir. Exercer le pouvoir consistait pour lui avant tout à garder le pouvoir. Par la force ou par la ruse, ou par les deux simultanément : la fin justifie les moyens.

 

Ses conseils aux Médicis restent toujours valables pour tous ceux qui aspirent un jour à conquérir puis conserver le pouvoir. Cette tradition du conseiller de l’ombre machiavélien sera importée d’Italie vers la France par deux hommes d’Église, les cardinaux Richelieu et Mazarin. Ces derniers auront une grande influence sur le roi Louis XIII et sur la régence. Le deuxième a consigné ses pensées dans son célèbre « Bréviaire des hommes politiques » : 1) simule 2) dissimule 3) ne te fie à personne 4) dis du bien de tout le monde 5) prévois avant d’agir. Un certain Louis XIV s’en méfiera.

Le roi-soleil n’imaginait pas que son pouvoir absolu puisse être sous influence. Pour se départir de la dépendance à une seule personne sans pour autant se risquer à de mauvaises décisions, il eut une idée : le conseil des ministres. La polysynodie ou la pluralité des conseils : avoir plusieurs avis différents pour ne pas être esclave d’un seul. D’où ces grands ministres de la France dont les noms sont parvenus jusqu’à nous, de Colbert à Vauban en passant par Louvois. Le premier grand ministère.

 

Des princes sous influence

 

Napoléon ne fera pas autre chose malgré 15 ans de pouvoir absolu. Qu’importe que ses fidèles ne le furent pas vraiment, Talleyrand et Fouché lui ayant planté des couteaux dans le dos dès qu’ils saisirent que l’empire allait s’écrouler. Son lointain successeur le Général de Gaulle en tirera les leçons. Au lieu de mettre sa confiance dans des ministres, il préféra concentrer le pouvoir à l’Élysée autour de quelques proches hauts-fonctionnaires. L’exercice du pouvoir sans l’appétit du pouvoir.

 

C’est cette conception des hommes de l’ombre qui est restée sous la Ve République, quel que soit le camp ou le clan au pouvoir. Alors que les ministres paradent devant les médias, ce sont les technocrates sous la coupe du président qui exercent le vrai pouvoir. On pense aux secrétaires généraux de l’Élysée, de Jean-Louis Bianco sous François Mitterrand à Jean-Pierre Jouyet sous François Hollande en passant par Claude Guéant sous Nicolas Sarkozy et Dominique de Villepin sous Jacques Chirac.

 

Forcément, la démocratie ne ressort pas grandie quand ce sont des techniciens non élus qui imposent leur loi et dictent leur conduite aux gouvernements. Cette apogée de l’imagination est en même temps sa fin quand ceux qui sont chargés de penser l’avenir s’en déchargent sur d’autres. On raconte que Patrick Buisson a lobotomisé Nicolas Sarkozy pour faire venir de lui ce qu’il voulait lui-même, à savoir le retour de Charles Maurras. La suite a montré que cela n’avait réussi ni à l’un ni à l’autre.

 

La voix du peuple n’est pas toujours le tambour de la foule et le visionnaire ne voit pas toujours tout. Un homme de l’ombre nuit à son homme de paille s’il prend trop la lumière. On pense à Jérôme Lavrilleux, qui aurait aimé ne pas quitter l’anonymat. D’autres ont préféré écrire leur propre histoire après s’être passionnés pour celle d’un autre. Henri Guaino s’est émancipé de Nicolas Sarkozy comme Bruno Le Maire de Dominique de Villepin. Quitte à mordre la main de ceux qui les avaient nourris.

Repost 0

À Propos De En Rase Campagne

  • : En rase campagne
  • En rase campagne
  • : La politique est toujours en campagne, CARBONE 12 aussi ! Lancé à 100 jours du 2e tour des élections présidentielles de 2012 pour redonner de la hauteur à un débat qui volait bas, EN RASE CAMPAGNE est un blog qui commente la vie politique française.
  • Contact

L'EMPREINTE CARBONE

Projet de loi de finances : se serrer la ceinture ou baisser son froc devant Bruxelles, telle est la question. 

 

Retrouvez tous les billets "L'empreinte carbone" 1 2 3 4 5 6 7 

AU RAS DES PÂQUERETTES

Poisson d'avril de Ségolène Royal : les autoroutes gratuites le week end. Mais qui peut contrôler ce qui se passe dans son cerveau ? 

 

Retrouvez tous les billets "Au ras des pâquerettes" 1 2 3 4

DU CARBONE DANS LA CERVELLE

Entre deux meetings, Nicolas Sarkozy recommence ses conférences grassement payées à l'étranger. Cela pourrait le desservir. 

 

Retrouvez tous les billets "Du carbone dans la cervelle" 1 2 3 4 

Les Idees De En Rase Campagne