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30 décembre 2014 2 30 /12 /décembre /2014 10:21

« Aux âmes bien nées la valeur n’attend pas le nombre des années »

 

Pierre CORNEILLE (1606-1684) – Dramaturge français et jeune pousse

 

Tout le monde ne parle que de lui alors qu’il était un illustre inconnu il y a encore quelques mois. Gérald Darmanin a de la chance. Nicolas Sarkozy l’aime tellement qu’il en a fait son directeur de campagne dans son opération reconquête de l’UMP. Le jeune maire de Tourcoing n’a pas que des défauts : il était à 29 ans le benjamin de l’Assemblée nationale lorsqu’il fut élu député du Nord en 2012. Il a tout l’avenir devant lui, et espère en tout cas l’utiliser aussi bien que ses illustres prédécesseurs.

 

Le dernier benjamin de droite est Laurent Wauquiez, élu député de Haute-Loire en 2004 à l’âge de 29 ans. Depuis, le major de l’ENA a fait du chemin puisqu’il est un potentiel premier ministrable de Nicolas Sarkozy. Tout comme François Baroin, élu député de l’Aube en 1993 à 28 ans et lui aussi benjamin de l’Assemblée nationale en son temps. Ce fils d’un ancien Grand Maître du Grand Orient de France a grandi sous l’aile de Jacques Chirac. Il brigue à présent l’Association des maires de France.

On retiendra également à droite le benjamin de la cuvée 1981, le député de la Sarthe François Fillon. À 27 ans, cet héritier du notable local Joël Le Theule faisait son entrée en politique en même temps qu’au Palais-Bourbon. Un quart de siècle plus tard, il devenait 1er ministre. Le parcours de Michel Barnier n’est pas mal non plus. Il est député de la Savoie à 27 ans en 1978, avant bien des années plus tard d’être nommé commissaire européen dans la lignée de Jacques Delors et Raymond Barre.

 

Député à 22 ans, un record !

 

Il convient de parler de la benjamine de l’Assemblée nationale, Marion Maréchal-Le Pen, qui à 22 ans pulvérise tous les records de précocité. Il faut dire que la député du Vaucluse a de qui tenir. En 1956, son grand-père Jean-Marie Le Pen était élu député de la Seine à 28 ans. Celui qui siégeait à l’époque sous les couleurs du parti poujadiste ne retrouvera les bancs de l’Assemblée que 30 ans plus tard, à la faveur de la mise en place du scrutin proportionnel pour les élections législatives de 1986.

 

1956 fut une grande année. Fit en effet aussi son entrée le jeune député du Puy-de-Dôme Valéry Giscard d’Estaing. À 30 ans, cet énarque se contentait de reprendre la circonscription de son grand-père maternel Jacques Bardoux. Un héritage qui le portera loin. Son futur grand rival François Mitterrand était aussi un précoce. Il est député de la Nièvre en 1946 à 30 ans, avant la même année de faire son entrée au gouvernement. Il est d’ailleurs à ce jour le troisième plus jeune ministre de l’histoire. 

 

1932 est une autre grande année. C’est en effet à cette époque que Pierre Mendès France est élu député de l’Eure à 25 ans. Il est alors le benjamin de l’Assemblée devant un autre jeune turc du parti radical, le député du Loiret Jean Zay (27 ans). Le premier connaitra un court passage à la tête du gouvernement en 1954, qui reste encore aujourd’hui l’un des plus remarqués de l’histoire. Le second sera assassiné dans des circonstances tragiques en 1944, parce qu’il était juif et franc-maçon.

 

Gérald Darmanin a donc de qui tenir. Il ne faudra pas qu’il hésite à s’inspirer de ces benjamins de l’Assemblée nationale qui ont réussi. Mais si aux âmes bien nées la valeur n’attend pas le nombre des années, il faut néanmoins rester prudent. Une carrière bien commencée ne fait pas une carrière bien menée. Le jeune loup devra apprendre, avant tout à faire face à l’adversité. Les commentaires seront moins bienveillants à mesure qu’il vieillira. Mais c’est souvent le signe qu’on grandit.

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29 décembre 2014 1 29 /12 /décembre /2014 09:11

« Personne n’a de chance tous les jours »

 

BACCHYLIDE (500 av. J.C. - 400 av. J.C.) – Poète grec et passé près

 

Il arrive que l’histoire ne tienne qu’à une voix. À une voix près : c’est dans cette situation que se trouve le gouvernement socialiste de Manuel Valls depuis qu’il n’a plus qu’une majorité relative à l’Assemblée nationale. Le nombre de députés socialistes ne dépasse que d'une voix la majorité absolue. Les menaces conjointes des frondeurs et des radicaux mettent chaque jour en péril la survie de la gauche au pouvoir. Dans une situation où chaque vote compte, il est bon de se remémorer quelques exemples historiques analogues. C’est l’objet de l’article de ce jour.

 

Nous sommes en 1793. La première assemblée parlementaire de l’histoire de France doit se prononcer sur la condamnation à mort du roi Louis XVI. Celui-ci s’est rendu coupable de haute trahison en ayant voulu pactiser avec les ennemis de la nation et en ayant tenté de fuir à l’étranger. Il fut finalement arrêté à Varenne. On connait la suite. L’assemblée votera la mort du roi à une voix de majorité, dont celle plutôt inattendue de son cousin Philippe d’Orléans dit Égalité. La république avait vaincu.

Nous sommes en 1875. La IIIe République encore fragile se cherche des institutions alors même que son assemblée constituante est encore majoritairement composée de monarchistes et de bonapartistes. Les républicains, radicaux ou opportunistes, doivent se montrer les plus malins pour prouver que la république est le régime qui divise le moins tout ce beau monde. Ils l’imposeront grâce au célèbre amendement Wallon, qui énonce très simplement que la France est une république. D’une voix.  

 

Ces exemples ont de quoi interpeller : à deux reprises dans son histoire, la France a joué son avenir sur un coup de dés. Et à chaque fois, elle s’en est sortie à une voix de majorité. Ce sera encore le cas lors de l’adoption de la loi constitutionnelle du 23 juillet 2008 par le congrès, où la voix du président Bernard Accoyer fut nécessaire pour atteindre le seuil fatidique des trois cinquièmes. À méditer pour Manuel Valls. La France n’a pourtant pas le monopole des votations s’étant jouées de justesse.

 

50,04 % au PS, 50,03 % à l’UMP

 

Les États-Unis ont aussi connu pas mal d’élections serrées. En 1876, le républicain Rutherford Hayes n’est élu président qu’avec un seul grand électeur d’avance sur le démocrate Samuel Tilden. En 1880, le républicain James Garfield bat le démocrate Winfield Hancock de 1878 voix, soit 0,1 % des votes. En 1888, le démocrate Grover Cleveland est majoritaire en voix mais battu en grands électeurs par le républicain Benjamin Harrison car celui-ci l’a battu de 1 % dans l’Indiana et l’État de New York.

 

On ne rappellera pas les cas célèbres de John Kennedy ne devançant Richard Nixon que de 113 000 voix en 1960 et de George W. Bush ne gagnant que par cinq grands électeurs d’avance sur Al Gore en 2000. La France elle aussi fourmille d’exemples d’élections à 50-50, des municipales aux cantonales en passant par les législatives. L’élection présidentielle la plus serrée restant celle de 1974, où VGE n’avait battu François Mitterrand que de 420 000 voix (50,81 % des suffrages exprimés). Autant que la courte avance d’Angela Merkel sur Gerhard Schröder en Allemagne en 2005.  

 

Nous finirons ce tour d’horizon en évoquant l’incroyable coïncidence des dernières élections pour la direction du PS et de l’UMP. En 2008, Martine Aubry devenait 1re secrétaire du PS pour 102 voix devant Ségolène Royal. Soit 67 451 voix (50,04 %) à 67 349 (49,96 %). En 2012, Jean-François Copé était élu président de l’UMP avec 98 voix d’avance sur François Fillon. Soit 87 288 voix (50,03 %) à 87 290 (49,97 %). Stupéfiant. On attend les scores de la prochaine élection à la présidence de l’UMP.

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28 décembre 2014 7 28 /12 /décembre /2014 09:14

« Il ne s’appartient plus, il nous appartient »

 

Raoul GIRARDET (1917-2013) – Historien français et homme de l’ombre

 

Il est la nouvelle coqueluche de la social-démocratie européenne. Le président du conseil italien Matteo Renzi vit son état de grâce. Son crédit dans l’opinion publique est illimité. Malgré qu’il n’ait jamais été élu par le peuple comme Mario Monti avant lui, il mène ses réformes avec courage et volontarisme. Il est l’espoir de l’Italie.

 

C’est vrai que Matteo Renzi a dû mettre du sang sur ses mains pour parvenir aussi jeune (39 ans) au pouvoir. C’est lui qui en coulisses a ourdi un plan pour renverser le chef du gouvernement Pierluigi Bersani après que ce dernier ait pourtant ramené le centre-gauche au pouvoir, au prix il est vrai d’une majorité plus que fragile. C’est l’ambiguïté du personnage. Il est présenté comme un homme providentiel, alors que ce n’est qu’un homme de son époque. Un homme de la com, prêt à tout pour briller même à être superficiel, pour qui la forme compte autant sinon plus que le fond.

 

Le maire de Florence est aimé car il représente cette Italie profonde qui ne veut pas mourir. Celle qu’il défend quand il propose son grand plan de relance, « 10 milliards d’euros pour 10 millions d’italiens », slogan qui a tout de suite fait mouche à défaut de réduire la déjà inquiétante dette italienne. Et pourtant les marchés reprennent confiance, eux qui naguère n’accordaient que des taux impossibles à 7 % à l’Italie. Comme quoi l’incarnation, ça compte. Matteo Renzi est un homme dans la crise : il concentre à lui seul les attentes de tout un peuple lassé d’être aspiré vers le bas.

 

Vers un nouvel axe Rome-Berlin

 

C’est l’exemple que veut suivre Manuel Valls, qui parait bien maigre à côté. Matteo Renzi a réussi à s’imposer car il est à l’image de son pays. Il a de l’envie, du bagou, de la fougue. Du charme. Auquel a succombé Barack Obama himself, admiratif de son dynamisme alors que l’Europe en manque tant. Matteo Renzi est en quelque sorte un Silvio Berlusconi de gauche. Mais contrairement au Cavaliere, il ne pourra pas se contenter de gouverner sans résultats. La crise ne pardonne pas.

 

Le jeune ambitieux se permet même de dépasser François Hollande dans l’offensive contre la politique de rigueur en Europe. Remarquez, ce n’est pas dur. Alors que le président français échoue à organiser un sommet sur la croissance, le leader italien réussit à convoquer son sommet de la zone euro. Preuve que l’Italie retrouve de son influence, après des années de scandales et d’instabilité suite au départ de Romano Prodi. C’est même une italienne qui a été nommée ministre des affaires étrangères de l’Union européenne, même si tout le monde a déjà oublié son nom.

 

La large victoire de son parti aux élections européennes lui vaut onction populaire. Il peut maintenant transformer l’essai et peser avec son compatriote Mario Draghi sur la politique menée en Europe. Fort de son crédit et de sa popularité, il pourra plus sûrement que François Hollande infléchir la ligne allemande d’Angela Merkel. C’est triste pour la France, mais l’axe Rome-Berlin semble être redevenue l’alliance qui compte en Europe.

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