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24 décembre 2014 3 24 /12 /décembre /2014 13:43

« Avec une campagne de presse bien menée,

au bout de deux mois les français croiraient en Dieu »

 

Maurice DONNAY (1859-1945) – Dramaturge français et prosélyte de pub

 

Il est des campagnes qui ont plus marqué l’histoire que d’autres. Après elles, rien ne serait plus jamais comme avant. Riches en anecdotes, elles restent aujourd’hui des exemples incontournables pour ceux qui espèrent un jour se faire élire. Issus de France ou des États-Unis, ces exemples vont nous permettre de faire une partie de campagnes, référence au documentaire de Raymond Depardon Une partie de campagne qui filma la campagne présidentielle de Valéry Giscard d’Estaing en 1974.

 

1995. Jacques Chirac est élu président de la république au terme d’une campagne héroïque de persévérance et de courage. Largement battu dans les sondages, il gagne pourtant dans les urnes grâce à une campagne de terrain proche des français. Sa facilité de contact avec les gens aidant, il terrasse Édouard Balladur en braconnant à gauche avec le thème de la fracture sociale. L’enseignement de cette campagne est qu’il faut toujours avoir foi en soi. Les électeurs vont toujours aux plus valeureux.

1965. Jean Lecanuet n’a jamais gagné l’élection présidentielle. Mais il a marqué à jamais la première d’entre elles par son usage inédit de la télévision. Celui que le Général de Gaulle surnomma « dents blanches » à cause de son sourire bright est le premier à voir l’importance de ce nouveau média qui envahit peu à peu les foyers. Il suit là l’exemple des États-Unis où en 1960, John Kennedy a battu Richard Nixon sur le débat télévisé. La génération suivante des enfants de la télé incarnée par Nicolas Sarkozy le comprendra bien, d’où son envie d’y passer autant et si souvent.

 

2008. Le média qui devrait compter dans les années à venir c’est les réseaux sociaux. C’est en tout cas ce qu’a eu le mérite de prouver la campagne électorale de Barack Obama en 2008. Il y avait certes son charisme, sa maîtrise de la com et son goût pour les slogans à la « Yes we can ». Mais Facebook lui a permis de se structurer un réseau de militants et de donateurs. Un usage inattendu des nouvelles technologies, qui devrait intéresser la France tant l’argent est le nerf de la guerre d’une campagne.

 

Des cas d’école de campagnes réussies

 

1981. François Mitterrand est élu président de la république, comme l’annonce Jean-Pierre Elkabbach à la télé. Ce n’est pourtant pas sur le petit écran que s’est jouée la campagne mais dans la stratégie du candidat socialiste. Il s’est présenté comme l’attendaient les gens, non comme le vieux loser de la IVe République mais comme le visage de l’alternance. Une métamorphose permise par l’armée de pubards qui l’a conseillé, lui inspirant le fameux slogan de la « force tranquille » sur fond de clocher de la France éternelle sept avant le non moins réussi « Génération Mitterrand ».

 

2002. Jacques Chirac nous prouve qu’il est aussi important de faire l’agenda et de déterminer les thèmes qui comptent dans une campagne. En imposant l’insécurité sept après la fracture sociale, le président sortant droitise son message et joue sur le point faible de la gauche. Résultat : le FN est au 2e tour. Cette tactique du choix des sujets de campagne a réussi à d’autres. En 1988, George Bush est élu président en insistant sur l’insécurité. En 1992, Bill Clinton le bat sur le thème de l’économie.

 

2007. Question : comment se faire élire alors que les gens veulent du changement et que vous faites partie de l’équipe sortante ? Pardi, en incarnant la rupture ! C’est du moins la réponse qu’apporta Nicolas Sarkozy cette année-là, au terme d’une des plus belles campagnes que la droite ait menée ces dernières années. Travail, nation, autorité : tout y était et la droite osait enfin paraitre ce qu’elle est et dire ce que les français pensent. Dommage que le président ait oublié les promesses et les beaux discours du candidat une fois élu. Il aura du mal à rejouer le coup pour 2017.

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23 décembre 2014 2 23 /12 /décembre /2014 09:46

« Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez le dire »

 

VOLTAIRE (1694-1778) – Philosophe français et amateur de débat

 

Le discours ambiant est à la fin des idéologies. Partout on nous dit que le clivage gauche-droite est dépassé. Ce n’est pas une bonne nouvelle, tant la thèse frontiste de l’UMPS et de ses supposés choix imposés par des énarques interchangeables n’a pas besoin d’avocats pour pulluler. Tout aurait été balayé par la mondialisation, dans laquelle le seul vrai clivage oppose désormais ses gagnants à ses perdants. Les premiers défendus par les partis euro-béats, les seconds par les partis extrêmes.

 

Même Nicolas Sarkozy valide cette vision quand il promet d’ériger un nouveau parti de large rassemblement au-delà des clivages. N’est pas De Gaulle qui veut. Tout ne se vaut pas. La droite a des valeurs différentes de la gauche, or il n’y a de choix que là où il y a alternative. Face à la fin des idéologies, il faut raviver le règne des idées.

 

Être de gauche c’est nier les injustices au nom de l’égalité et les différences au nom de l’égalitarisme. Or nous ne serons jamais pareils car nous avons tous des talents divers dès la naissance. Être de droite c’est préférer la liberté à la soumission et l’initiative à la dictature. C’est vouloir que chacun ait une chance de s’en sortir et de réussir et non voir comme une chance que tout le monde ait la même place.  

 

Être de gauche c’est considérer la nation comme un gros mot et l’individu comme un but en soi. D’où une certaine mansuétude à l’égard du communautarisme, qui consiste trop souvent à dénigrer son pays au détriment d’un autre. Être de droite c’est promouvoir l’intégration contre l’immigration et l’assimilation contre le séparatisme. C’est assumer que la France a une identité et qu’elle doit la défendre.

 

Être de droite c’est conserver ce qui vaut et réformer ce qu’il faut

 

Être de gauche c’est dire qu’on aime l’entreprise et l’opposer en fait à l’État. C’est ne pas savoir que l’État ne vit que si les entreprises sont fortes et inversement. Être de droite c’est ne pas sans arrêt augmenter les impôts et savoir baisser les dépenses. Un pays ne peut pas vivre sous perfusion de la dette et sous assistance respiratoire des déficits, mais il doit avoir des finances saines s’il veut être respecté.

 

Être de gauche c’est préférer l’assistanat à la dignité et les aides sociales à l’entraide entre individus. C’est prétendre s’en sortir ensemble alors que chacun est invité à s’en sortir aux dépens des autres. Être de droite c’est promouvoir la responsabilité et le mérite et donner moins de place à l’État et plus de confiance à l’individu. C’est se rappeler que les vrais devoirs sont quotidiens et que la récompense suit l’effort.

 

Être de gauche c’est penser que le travail asservit alors qu’il libère et que les loisirs sont une fin alors qu’ils sont un moyen. On ne rend pas service au travailleur quand on le force à travailler moins et donc à gagner moins. Être de droite c’est au contraire savoir qu’on ne gagne que ce qu’on produit et qu’on ne produit que si on travaille. Le travail est la clé de la croissance, c’est pourquoi il faut le libérer.

 

Être de gauche c’est dénigrer le passé au détriment de l’avenir et sacrifier l’avenir en s’accrochant au passé. Or demain n’est pas toujours meilleur qu’aujourd’hui, et les acquis de la veille ne sont pas forcément les alliés du lendemain. Être de droite c’est conserver ce qui vaut et réformer ce qu’il faut. C’est allier mouvement dans l’ordre et ordre dans le mouvement et favoriser le progrès dans le respect de la tradition.

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22 décembre 2014 1 22 /12 /décembre /2014 09:40

« Est souverain l'État qui a le pouvoir de battre la monnaie »

 

Jean BODIN (1529-1596) - Économiste français et hors course

 

C’est la marotte du Front national : il faut sortir de l’euro ! C’est même devenu son thème de campagne exclusif, tant il lui est bénéfique sur de nombreux plans. Primo l’Europe est de plus en plus impopulaire auprès des français. Deuxio l’euro serait responsable de l’austérité et de la panne de croissance, or le FN veut se crédibiliser sur les sujets économiques. Tercio cette thèse flatte les souverainistes et europhobes, nombreux au sein du parti et qui n’ont toujours pas digéré le Traité de Maastricht.

 

Un petit détour théorique s’impose. Pour qu’une monnaie fonctionne, il faut qu’elle soit instaurée dans une zone où circulent librement les hommes, les capitaux et les biens. Une zone monétaire optimale. Si un choc économique a lieu dans une région de la zone, des ajustements doivent s’opérer pour rétablir l’équilibre de la zone. Par exemple, les travailleurs qui perdent leur emploi doivent déménager vers les régions de la zone où il y a du travail. Or la zone euro n’est pas optimale : les travailleurs ne circulent pas librement, ne serait-ce qu’à cause de barrières comme la langue.

Il faudrait alors pallier cette imperfection par des solidarités budgétaires entre pays. Or les pays les plus riches comme l’Allemagne ne sont pas prêts à aider les pays les plus pauvres. Résultat : l’euro est trop élevé pour certains pays comme la France et devient un frein à leur croissance et à leurs exportations. Sauf compromis, il n’y a pas de taux de change qui soit bon pour tous les pays. Ils sont trop différents.

 

Les dix-sept pays qui ont adopté l’euro n’ont jamais fait converger leurs économies. Imposer une politique monétaire unique à dix-sept pays hétérogènes relève alors de l’exploit. C’est la limite du Traité de Maastricht : un taux de change unique pour tous n'est possible que si les situations économiques des membres sont identiques. Faut-il en déduire que la France doit sortir de l'euro pour retrouver croissance, emploi et compétitivité ? Non. Car la sortie de l'euro serait une faute économique.

 

Les arguments contre la sortie de l’euro

 

La sortie de l’euro provoquerait une dévaluation du franc ce qui renchérirait le prix des importations. La baisse du coût des exportations serait annulée par la hausse de celui des matières premières importées. L’inflation provoquerait une baisse du pouvoir d’achat des français et la dévalorisation de leur épargne. La consommation chuterait, les entreprises ne pourraient plus investir et le chômage exploserait. Coût total de l’opération : 48 milliards d’euros par an. C’est donc raté pour la relance.

 

Dans une économie mondialisée, la sortie de l’euro ne permettrait pas de gagner en compétitivité car jamais nos entreprises ne pourront aligner leurs prix sur ceux des pays émergents. L'écart social est trop fort. Or la dévaluation compétitive serait immédiatement imitée par nos voisins, car chacun voudrait relancer son économie par ce biais. On entrerait dans une guerre des monnaies en Europe, qui créerait un climat de défiance nocif pour les échanges et conduirait au protectionnisme.

 

La sortie de l’euro aggraverait la dette de la France. En récupérant sa souveraineté monétaire, la banque de France pourrait financer le déficit. Mais cela provoquerait une inflation non maitrisée. Cette instabilité monétaire n’attirerait plus les prêteurs et ferait monter les taux d’intérêt, ce qui renchérirait le coût de la dette publique. La perte de confiance dans la monnaie induirait une fuite des capitaux. Et les créances des entreprises vis-à-vis des non-résidents libellées en euro seraient alourdies.

 

Sortir de l’euro est une impasse. Y rester en l’état aussi. L'euro souffre d'une absence de gouvernance économique. Une monnaie unique suppose une intégration fiscale et sociale. Une union monétaire ne peut se limiter à une monnaie unique. Sans union budgétaire, elle ne marche pas. L’union budgétaire permettrait de procéder aux ajustements que le taux de change fixe ne permet plus de faire. Ce serait un nouveau pas vers l’Europe fédérale. Ou sinon l’Europe des nations peut s’en sortir, mais à condition que chacun fasse des concessions et qu’il y ait des compromis.

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