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28 janvier :

 

En politique, le présent est souvent du passé qui recommence. Preuve en est les nombreuses références de la campagne socialiste à François Mitterrand. Ayant déjà repris son style oratoire, François Hollande vient de lui emprunter son idée des 110 propositions avec ses « 60 engagements pour la France ».

 

Une pratique courante au PS, quand on sait que durant la primaire chaque candidat -notamment Martine Aubry et Ségolène Royal - y était allé de sa petite lettre aux français.

 

Les anniversaires l’an dernier des 30 ans du 10 mai 1981 et des 15 ans de la mort du glorieux ancêtre avaient forcément du donner des idées, même si finalement cela a consisté à récupérer celles du passé.

 

A suivre ce week end : l’intervention télévisée du président de la république où il détaillera les mesures économiques qu’il souhaite prendre face à la crise (après la fin du mandat ?). Peut-on s’attendre à une déclaration de candidature ?

 

1er février :

 

L'annonce hier de la possible signature d'un contrat d'achat de 126 Rafale par l'Inde est venue apporter une éclaircie dans le ciel sombre de l'économie française, Nicolas Sarkozy parlant d'un "signal de confiance". C'est en tout cas un soulagement, autant pour le président actuel que pour l'avionneur Dassault qui avait essuyé un dur échec lors d'une précédente transaction avec le Brésil.

 

Mais ce fait d'actualité ne vient jamais que rappeler l'une des grandes spécificités de l'économie française, son incapacité à équilibrer son commerce extérieur autrement que par l'influence régalienne et les grands contrats ramenés des visites officielles. Sous Colbert déjà, l'industrie nationale était principalement tirée par la fabrique de tapisseries, grande commande à la cour de Louis XIV. Aujourd'hui ce ne sont plus les fripes mais les engins de guerre qui tirent le tissu économique français, ce qui n'est pas le top au niveau de l'éthique.

 

L'un des enjeux de ces élections présidentielles sera la réindustrialisation de l'économie et le "produire en France", la capacité à générer de la croissance et à exporter. C'est ce qui a fait la force de l'Allemagne, bien plus que sa prétendue vertu en matière de rigueur budgétaire. Même si ça aurait déjà du être le cas pour les présidents précédents, ce sera sûrement l'un des critères principaux à l'heure d'évaluer en 2017 le bilan de celui qui sera élu le 6 mai.

 

Dernière minute : Jean-Pierre Chevènement retire sa candidature à l'élection présidentielle, une bonne nouvelle de plus pour François Hollande. Adieu le Che, tu nous manqueras.

 

2 février :

 

Et c'est reparti avec la polémique des 500 signatures. Comme à chaque élection présidentielle, le FN revient sur les plateaux et dans les colonnes pour se plaindre de cette règle, le meilleur moyen qu'il n'ait jamais trouvé pour occuper le terrain médiatique. Beaucoup pensent en effet qu'il s'agit d'un moyen commode pour faire parler du parti, qui en fait a toujours réussi finalement à les obtenir. 

 

Sauf en 1981, peu de temps après l'introduction de cette règle en 1976 qui avait pour but de limiter le nombre de candidatures fantaisistes. Or, avec quasiment 20% dans les sondages, la candidature de Marine Le Pen est tout sauf fantaisiste, et une absence aux élections présidentielles équivaudrait à un déni de démocratie. Une partie de l'électorat serait lésée et le FN se débrouillerait pour faire parler de lui autrement, certainement en critiquant de manière beaucoup plus virulente le "système" politique.  

 

Une solution pour faciliter le dépôt des candidatures serait de permettre un meilleur accès de toutes les forces politiques aux fonctions politiques en introduisant davantage de proportionnelle dans notre système où domine la règle majoritaire. A ce petit jeu, le FN avait obtenu 35 députés en 1986. Il pourrait alors avoir plus de 500 élus sur le territoire et le problème serait réglé.

 

Mais pas sûr que ce soit ce que recherche le FN, qui a bien compris que son fond de commerce passait par des élections présidentielles réussies. En devenant un parti habitué des fonctions électives, il se banaliserait dans l'offre politique et perdrait beaucoup de l'attrait qu'il a auprès de ceux qui recherchent un vote contestataire plus qu'ils n'adhérent réellement aux thèses du FN. Mieux vaut alors choisir le plus petit inconvénient.

 

La tendance des sondages : François Hollande 34% ; Nicolas Sarkozy 25% ; Marine Le Pen 15% ; François Bayrou 12%. Deux candidats se détachent dans le quatuor de tête, avec des scores à faire pâlir d'envie un Jacques Chirac. 2ème tour : Hollande 57% - Sarkozy 43% : un score de dictateur africain.

 

3 février :

 

C'était hier soir le deuxième round du match PS-UMP dans l'émission "Des paroles et des actes" sur France 2. Après le duel François Hollande - Alain Juppé la semaine dernière, c'était au tour de Martine Aubry, 1ère secrétaire du Parti Socialiste, et de François Fillon, 1er ministre, de monter sur le ring et de perpétuer la grande tradition des débats télévisés.

 

Que faut-il retenir de ce duel ? Tout d'abord une passe d'armes assez technique et moins polémique que celle de la semaine dernière. Il s'agissait de calmer le jeu, et le profil des participants ne poussait guère à une guerre des tranchées. Ensuite, on retiendra la pugnacité de François Fillon, très crédible avec son air austère au moment de défendre le bilan du gouvernement et à l'occasion offensif comme quand il a dénoncé la campagne du FN autour des 500 signatures.

 

Et enfin, il y a eu cette déclaration du 1er ministre disant que son principal regret du quinquennat est de ne pas avoir mis en place la TVA sociale dès 2007. Manière commode de dire que ce qui était essentiel a été fait mais qu'un quinquennat de plus servirait à faire ce qui est important.

 

La déclaration : De Nicolas Sarkozy, qui lui aussi privilégie l'optimisme de la volonté, sur François Hollande : "Il a tiré toutes ses cartouches, sa déclaration de candidature, son premier meeting, son projet, sa grande émission. Qu'est-ce qu'il lui reste ? Pouf, il se prend de la farine sur la tête !"  

 

4 février :

 

Personne ne s'en est aperçu, mais François Bayrou présentait ce mercredi son programme économique pour résoudre la crise. Fidèle à son idée de 2007, il persiste et signe dans sa promesse de réduire le déficit et de remettre de la rigueur dans nos finances publiques, une idée déjà centrale dans la campagne de Raymond Barre de 1988 et qui à l'époque n'avait pas fait recette. 

 

Bien sûr on peut légitimement se demander pourquoi cet événement a recueilli si peu d'écho médiatique, alors que le même jour l'affaire de l'enfarinade de François Hollande faisait la une des gazettes. Il y a là certainement un phénomène "Petit Journal", symbole de la prise de pouvoir des chroniqueurs de talk show sur les journalistes d'information politique.

 

Mais même ces derniers, dans le choix de leurs sujets et le traitement qu'ils en font, ne semblent pas être à la hauteur. On se souvient qu'en 2007 François Bayrou avait passé la campagne à dénoncer cette partialité qui consiste à offrir davantage de couverture médiatique aux gros candidats. Et notamment de cette passe d'armes sur le JT de Claire Chazal où il dénonce la collusion des grands groupes de presse et des grands industriels, souvent amis proches de Nicolas Sarkozy. 

 

Mais que fait le CSA, à part compter les heures et blâmer les chaînes qui font leur travail en relayant l'actualité de la primaire socialiste ? 

 

Le thème de campagne qui peut faire débat : En ces périodes de grand froid, et après les événements de mercredi au siège de la Fondation Abbé Pierre et la déclaration de candidature honorifique de l'ancien footballeur Eric Cantona, le sujet du mal-logement semble avoir le vent en poupe. Le gouvernement a d'ailleurs décidé de le prendre à bras le corps, avec la décision du secrétaire d'Etat au logement Benoist Apparu de mettre davantage de logements à disposition des SDF. 

 

6 février :

 

Pendant que l’on s’affaire à nos préoccupations nationales, la Syrie continue d’être à feu et à sang. Le ministre des Affaires étrangères Alain Juppé bataille en coulisses pour que le Conseil de Sécurité de l’ONU prenne une résolution contre le gouvernement de Bachar Al Assad. Mais La Russie et la Chine ont posé leur veto, celui-là même que la France avait failli opposer aux Etats-Unis de George W. Bush avant leur intervention en Irak en 2003.

 

Voila une bonne occasion pour la diplomatie française de retrouver du galon. On se souvient que déjà ministre des Affaires étrangères entre 1993 et 1995, Alain Juppé avait su lui redonner à l’époque du dynamisme et de l’efficacité.

 

C’est aussi une bonne occasion pour le président Nicolas Sarkozy de récupérer du prestige auprès des français par son action internationale. Donc il en profite, ayant même promis de créer un groupe d’amitié avec la Syrie, proposition qui fait furieusement penser au groupe de soutien au Tibet et au Dalaï Lama qu’il avait mis en place en 2008, rendant également furieuse la Chine.

 

Le sondage qui a fait du bruit : Si on enlève Marine Le Pen, Nicolas Sarkozy remonterait à hauteur de François Hollande à 33%. Normal que les électeurs de l’extrême droite passent à droite, mais jusqu’ici on pensait plutôt que l’électorat frontiste se composait d’ouvriers déçus par la gauche.

 

7 février :

 

Les sondages font de plus en plus état d'un écart entre les deux favoris et leurs deux poursuivants. Apparemment, François Hollande et Nicolas Sarkozy sont en train de réussir leur coup de rassembler leur camp, laissant les petits candidats à des scores proches de 0.

 

Alors que certains font des calculs en cas d'absence de Marine Le Pen au 1er tour, il faut néanmoins rester prudent sur ces sondages à deux mois et demi des élections. Les petits candidats remontent toujours en effet car ils donnent l'occasion aux mécontents d'exprimer un choix original. On a ainsi pu observer en 2002 une remontée en masse de ces candidats mineurs, et y compris de Jean-Marie Le Pen qui a longtemps plafonné à 12%. 

 

Mais surtout, les hauts scores actuellement attribués à Hollande et Sarkozy ne doivent pas faire oublier la baisse structurelle du pourcentage cumulé des deux favoris aux élections présidentielles. En 1981, François Mitterrand et Valéry Giscard d'Estaing obtenaient 43,2 et 32,6%. En 2002, Jacques Chirac et Lionel Jospin n'obtenaient que 19,9 et 16,2%.

 

Le chiffre du jour : 69,6 milliards d’euros de déficit commercial. Tout le monde nous parle de compétitivité et d’imiter le modèle allemand. Il serait temps de s’y mettre.  

 

8 février :

 

Il ne s'en soucie guère. En se lavant les mains de la polémique des propos de Claude Guéant, François Hollande a une fois de plus signifié sa volonté de prendre de la hauteur, telle une posture présidentielle. 

 

C'était d'ailleurs tout le sens de ses premiers mots dans son discours du Bourget : "Je suis venu vous parler de la France". Une locution qui rappelle celle de Valéry Giscard d'Estaing, "regarder la France au fond des yeux".

 

Ce sera peut être aussi un bon moyen de passer entre toutes les gouttes des polémiques qui émailleront la campagne. A ce rythme-là, il ne risque pas de se mouiller.

 

Le chiffre du jour : 100 500 mégawatts, c'est le nouveau record de consommation d'électricité en France. La faute au grand froid, qui fait tourner les chauffages électriques pleins gaz. Et pendant ce temps, on n'entend pas les verts.

 

9 février : 

 

Nicolas Hulot n'apportera pas son soutien à Eva Joly, qui l'avait battu lors des primaires d'Europe Ecologie - Les Verts. Un peu mauvais perdant, mais aussi certainement dérouté par la fade campagne de l'ancienne juge d'instruction qui n'arrive pas à imposer l'écologie dans le débat.

 

Performance qu'avait réussie le même Hulot il y a cinq ans avec son Pacte écologique. 2007 fut l'année de l'écologie politique et du Grenelle. Mais comme il l'avoue lui-même, il n'a pas réussi à s'imposer comme un bon candidat car il a pêché par naïveté. C'est tout le danger de confier les clés du camion à des personnalités de la société civile : elles n'ont pas la ruse des professionnels du métier. Et c'est pourquoi désormais il changera d'avis comme de chemise pour faire comme tout le monde, balançant tantôt vers Borloo tantôt vers Mélenchon. 

 

Les verts eux ont enclenché la machine à perdre. Ils ont déjà compris que ces élections ne seraient qu'une transition et avaient déjà placé leurs pions pour les législatives grâce à leur accord - très médiatisé - avec les socialistes. Si la candidate Eva Joly venait à descendre plus bas encore dans les sondages, il n'est d'ailleurs pas impossible que le parti se retire ou la retire et la remplace, comme en 2002 avec Alain Lipietz. 

 

Le fait d'hier : La poignée de main entre Nicolas Sarkozy et François Hollande au dîner annuel du CRIF. En attendant le bras de fer.

 

10 février : 

 

"Le rendez-vous approche". Nicolas Sarkozy fait encore un peu durer le faux suspense de sa déclaration de candidature. Mais il commence par contre sérieusement à dévoiler son programme. Dans une interview kilométrique à paraitre demain dans "Le Figaro Magazine", le président a en effet sorti le grand jeu avec la proposition-choc d'organiser des référendums. L'avis du peuple l'intéresse, mais on peut quand même se demander comme François Hollande hier pourquoi cette idée ne lui est pas venue plus tôt, lui qui s'était déclaré opposé à un référendum sur la privatisation de La Poste et au référendum sur le plan de sauvetage en Grèce.

 

Ne serait-ce que pour sa réelection. En convoquant un référendum à l'automne, il aurait pu comme De Gaulle à la grande époque mettre en jeu son mandat sur un plébiscite et peut-être reprendre la main dans l'opinion. Mais avec la crise, le président est devenu frileux. Il n'a donc pas joué avec le feu. 

 

C'est pourtant ce qu'il est en train de faire avec l'UMP. En mettant sur la table pour ses référendums des questions clivantes (l'indemnisation des chômeurs, l'expulsion des étrangers en situation irrégulière) et en réaffirmant dans cette interview son refus du mariage homosexuel, de l'euthanasie et du vote des étrangers aux élections locale, le futur candidat a mis la barre à droite toute. Mais n'est-ce pas la preuve qu'il a perdu le cap ?

 

En mettant ces propositions sur la table, il reprend certes la main et peut réussir à imposer ses thèmes de campagne, comme en 2007. Mais en persistant sur des thèmes aussi clivants et parcellaires, il confirme qu'il n'est pas un président à la hauteur des enjeux. On ne gouverne pas avec des micro-propositions, mais avec des grands principes directeurs. Même les électeurs de droite que la manoeuvre était censée remobiliser seront sont maintenant convaincus qu'à défaut de changer le président, il faudra changer de président.

 

Le vrai suspense : Inutile de se demander si Nicolas Sarkozy va se présenter, cela on le sait déjà. Par contre, il sera plus palpitant de deviner quand et comment. L'occasion peut-être de se remémorer les précédentes déclarations de candidature des présidents sortants, dont le président actuel pourrait s'inspirer.

  

11 février :

 

Le décor n'est pas encore vraiment planté que les deux acteurs sont déjà là. François Hollande, en campagne depuis le soir du 16 octobre, qui a déjà une ou deux répliques d'avance. Et Nicolas Sarkozy, qui va certainement se déclarer ce mercredi, 15 février, et qui n'a pas attendu ce moment pour déclamer son catalogue monologique de propositions. 

 

Le président-candidat Sarkozy a d'ailleurs ces derniers jours lui-même bien planté le décor et affiché la couleur à droite. Critique forte des 35 heures, croisade contre la fraude sociale, conservatisme en matière de moeurs... L'heure est à la mobilisation et il a analysé que cela passait par un retour à l'ordre moral. C'est son choix, mais c'est difficilement compatible avec son autre désir d'incarner le rassemblement et l'apaisement. Il aurait été plus logique plutôt de faire une présidence de droite et une campagne de ni-ni que l'inverse. Car Sarkozy a déçu ses électeurs durant son mandat autant qu'il les décevra en osant les représenter par ce type de discours. 

 

Au contraire, le candidat pré-sident Hollande mène pour l'instant une campagne prudente et tranquille, sans se mouiller ni jouer avec le feu. Et il prouve par le succès de son positionnement modéré, presque centriste, que la clé n'était pas le durcissement à gauche, car il vaut toujours mieux passer pour une couille molle que pour un dogmatique. 

 

Le secret de polichinelle : Nicolas Sarkozy devrait donc déclarer sa candidature mercredi, le 15 février. Comment le sait-on ? Tout simplement parce qu'en cachette et pourtant à la connaissance de tous s'organise son premier meeting de campagne pour dimanche prochain à Marseille. La fin d'une fausse attente et d'une vraie agonie pour les députés de droite qui commençaient à paniquer.

  

13 février : 

 

Week end animé pour François Bayrou, successivement interviewé sur Europe 1, France 2 et RTL. De quoi relancer sa campagne, qui souffrait d'un silence trop prolongé après une belle perçée au mois de décembre. Ce qui fait penser à tous ces candidats si discrets, soit qu'ils ne sont pas invités par les médias, soit qu'ils ne savent pas attirer leur attention. 

 

En tout cas, Bayrou a aussi animé le débat. Tout d'abord en répondant à Nicolas Sarkozy sur son interview dans le Figaro Magazine. Mais surtout, et c'est ce qui a fait polémique, en encourageant de manière vague tous les partis à "discuter" au cas où Marine Le Pen n'obtiendrait pas ses 500 signatures, ce dont d'ailleurs il doute. On voit bien là le refrain centriste de l'union de toutes les forces de bonne volonté, mais on comprend mal ce non-respect des règles, qui pourraient être contournées si la réalité ne correspondaient pas à ses désirs. 

 

C'est d'ailleurs un autre refrain centriste que de promettre qu'avec un gouvernement de la troisième voie, les contraintes qui jusqu'alors faisaient autorité disparaitraient comme par magie. Mais pas plus que des lois de la gravité, personne ne peut s'affranchir de la gravité de la crise, qui rend si compliquée une cure de rigueur que semble présenter le candidat du Modem comme la panacée. Mais bon dieu, il fallait y penser...

 

Le pronostic : C'est celui de François Fillon, qui prédit que les élections se joueront dans les trois dernières semaines. Méthode Coué ou prophétie à la Nostradamus, le 1er ministre entend en tout cas refaire descendre les socialistes de leur petit nuage et les mettre en garde contre tout excès de confiance. Jusqu'au bout, il aura amené les mauvaises nouvelles.

 

 

14 février :

 

Ce dimanche, Pierre Moscovici mettait en garde les siens contre Nicolas Sarkozy et sa future campagne, pour laquelle "il ne reculera devant rien" pour tenter d'inverser la tendance des sondages. Et la gauche et le centre de dénoncer les dérives droitières du président, opération de diabolisation désormais classique chez la pensée bien-pensante. 

  

Même si les virages à droite pris par Nicolas Sarkozy tiennent plus de manoeuvres électoralistes que de réelles directions qu'il veut imposer à la France, il faut tout de même se méfier d'un homme qui a tout à perdre. En 1988, Jacques Chirac renonçait à faire alliance au 2ème tour avec Jean-Marie Le Pen pour rester fidèle à ses convictions républicaines, alors que cela aurait pu lui offrir la victoire. Rien ne dit que cette année le président ne sera pas tenté par une alliance contre-nature avec Marine Le Pen durant l'entre-deux-tours.

  

C'est pourquoi comme en 2007 il semble avoir adopté une voie détournée pour conquérir les voix frontistes sans passer de pacte avec le diable. Il se contente de parler des sujets qui fâchent, et ça fait réagir. C'est déjà pas mal. 

  

La candidate qui s'en va : Christine Boutin fait sa déclaration de retrait de candidature, une de plus après celle de Jean-Pierre Chevènement et en attendant celle de Hervé Morin. Ceci dans le but de faire "une alliance avec Nicolas Sarkozy", qui ne s'est pas encore déclaré, "pour faire gagner la France". Peut-être un peu aussi pour marchander des circonscriptions accessibles pour le Parti Chrétien-Démocrate.

 

15 février : 

 

Tel est pris qui croyait prendre. En annonçant vouloir faire des référendums en cas de réélection, Nicolas Sarkozy a donné des idées à tout le monde et d'abord aux socialistes, qui aimeraient bien proposer une consultation nationale sur la TVA sociale, histoire de rigoler un peu. Pas sûr que les français votent avec enthousiasme pour une mesure aussi impopulaire. 

 

C'est également François Fillon qui a eu l'idée d'un référendum sur la règle d'or, applaudi des deux mains par Jean-Luc Mélenchon. Pas sûr que les deux hommes en attendent la même chose, tant il est vrai que le référendum est une question à laquelle il faut forcément répondre "oui". 

 

Le problème, c'est que lé référendum a perdu tout son sens - gaullien, c'est-à-dire qu'un président désavoué par ce type de consultation doit se retirer comme s'il avait perdu une élection normale - surtout depuis que François Mitterrand et Jacques Chirac nous ont montré qu'on pouvait parfaitement s'asseoir sur un "non". 

 

Néanmoins le référendum pourrait revenir en force, notamment pour les questions institutionnelles dont les réformes se font soit par consultation du peuple soit par vote des parlementaires aux 3/5èmes au congrès de Versailles. Comme aucun parti ne risque de réunir une telle majorité, la voix du peuple pourrait être privilégiée à la voie de la représentation nationale, pour mieux la contrecarrer. 

  

L'heure de vérité : Ce soir, à 20 heures sur TF1. Déclaration de candidature de Nicolas Sarkozy. Tout le monde s'y attendait, mais à voir s'il ne nous réservera pas une petite surprise.

 

16 février : 

  

Hier était une folle journée. Finalement, Nicolas Sarkozy l'a dit : "Oui, je suis candidat". C'était comme prévu au journal de 20 heures de TF1, même si Carbone 12 s'était mis sur les rangs de Twitter - investi depuis le matin à peine par le président - pour guetter une éventuelle surprise. 

 

Ce fut une déclaration solennelle où le président a posé les bases de sa future campagne. Un slogan, "La France forte". Une image, celle du capitaine qui n'abandonne pas son navire en pleine tempête. Et toujours un accent mis sur les valeurs, avec en plus quelques arguments économiques. Les bons chiffres de la croissance (1,7% en 2011)  tombaient à pic pour donner au moins l'illusion d'un bilan présentable.

 

Folle journée enfin car tout le monde était sur le pont pour réagir à l'entrée en lice du tenant du titre. A commencer par François Hollande, qui lors de son meeting à Rouen a réagi presque en direct à chaque déclaration du président-candidat devenu candidat-président. C'est comme s'il sentait que les choses sérieuses finissaient de commencer.

  

Le retrait de plus : Hervé Morin se retire à son tour de la course à la présidentielle, officiellement car il n'a pas recueilli les 500 parrainages, ce qui parait suspect avec le nombre d'élus qu'a le Nouveau Centre. La vraie raison est sûrement à chercher à la fois dans ses mauvais sondages et dans la prise de conscience que la droite devra être unie dès le 1er tour pour espérer éviter le pire. 

  

17 février : 

 

On se doutait déjà que la campagne ressemblerait à un mano a mano entre Nicolas Sarkozy et François Hollande, mais pas à ce point. Les deux candidats ont hier inauguré ce qui risque d'être l'élément dominant de cette campagne : le dialogue par discours interposés. 

 

Ils se répondent en effet du tac-au-tac. L'après-midi, c'est Nicolas Sarkozy qui accuse le candidat socialiste de "mensonge" lors de son 1er meeting de campagne à Annecy. Le soir, c'est François Hollande qui récuse sur TF1 la "manipulation" du  président de la république.

 

Un dialogue de sourds et un concours de petites phrases. On est bien partis pour être en rase campagne. Le pire, c'est que l'on va assister pendant presque trois mois à un échange de discours interchangeables, et très peu à du débat de fond sur des choix de société bien distincts. Que le spectacle commence !

   

L'analogie douteuse : Nicolas Sarkozy persiste et signe sur sa volonté de convoquer des référendums. Ce qui fait furieusement penser à la mode des débats participatifs lancée en 2007 par Ségolène Royal. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'à l'époque cela n'avait pas emballé. 

 

19 février : 

 

"Back to basics", comme disait Margaret Thatcher. Cette fin de semaine a été l'occasion de retrouver les deux favoris des sondages dans leurs postures favorites alors que la guerre vient tout juste d'être déclarée.

 

D'un côté il y a Nicolas Sarkozy qui reprend son vieux refrain du travail le dimanche dans les grandes surfaces. C'est affolant que l'on tombe à chaque fois dans le piège d'en parler et de lui faire autant de publicité.

 

De l'autre, il y a François Hollande qui continue son couplet du "on verra" sur le même sujet en promettant qu'il ouvrira des négociations. C'est affligeant que l'on ait à chaque fois à attendre les calendes grecques pour connaitre son opinion sur les sujets qui font polémique.

 

A suivre aujourd'hui : Le meeting de Nicolas Sarkozy à Marseille, qui espère continuer à engranger après avoir reçu le soutien hier de Claude Allègre.

 

20 février : 

 

Nicolas Sarkozy a connu hier son Bourget à l'occasion de son premier meeting de campagne à Marseille. Tout y était : un public venu en masse et bien briefé par les chauffeurs de salle, un président offensif sur ses propositions, des attaques voilées contre l'adversaire...

 

Et c'est là qu'on a pu avoir confirmation de la stratégie que mèneront les deux favoris. Nicolas Sarkozy prendra tous les risques et tentera de faire commettre des erreurs à son adversaire en l'attaquant en permanence. François Hollande n'en prendra pas, ayant pour la deuxième fois en quatre jours dénoncé le "pugilat" recherché par le président.

 

Stratégie logique pour celui qui cherche à garder sa confortable avance dans les sondages. Au risque de rester inerte pendant deux mois et de laisser les électeurs indécis porter leur choix sur le plus remuant.  

   

La grande affaire : Marine Le Pen a réussi à refaire parler d'elle en éveillant la polémique sur la viande halal sortant des abattoirs. Une fois de plus, tout le monde a plongé à pieds joints dans le piège.

 

21 février :

 

L'émission "Paroles de candidats" sur TF1 avec François Bayrou vient de se terminer. Un mix entre des questions de français et des questions de journalistes. La formule a apparemment du succès, même si ça manque un peu d'action.

 

Que faut-il en retenir ? D'une part que François Bayrou manie lui aussi la langue de bois aussi bien que les compères du "SarkHollande" - nouvelle version du "Ségo et Sarko" - qu'il dénonce. Que de réponses évitées et que de bons sentiments. Il a juste manqué quelques propositions concrètes qui auraient pu un peu nous rassurer sur la fermeté des convictions du candidat.

 

Et d'autre part que François Bayrou compte bien rassembler la famille centriste (centre droit et centre gauche) dans ce qu'il appelle "la voie centrale", expression qu'il pourrait davantage mettre en avant pour sa campagne. On se demande bien comment il va bien pouvoir faire.

 

La polémique : Apparemment Nicolas Sarkozy et Henri Proglio auraient envisagé de recaser Jean-Louis Borloo à la tête de Véolia. Difficile de ne pas y voir une monnaie d'échange contre un soutien au président-candidat. Surtout que comme en 2007, le président du Parti Radical se fait beaucoup désirer.      

 

 

22 février :

 

On pense toujours mieux prévoir que les autres. Mais la réalité nous ramène souvent à notre humilité. Alors que la campagne semblait avoir un scénario tout tracé, il apparait de manière surprenante que les sondages se resserrent. Nicolas Sarkozy talonne en effet désormais François Hollande dans les prévisions du 1er tour (27% contre 28%). 

  

Ce sera peut-être un feu de paille, mai il semble que l'entrée en campagne du président ait été efficace. 48% des français du moins le pensent, et l'effet boule-de-neige de cette dynamique positive se conjugue avec une certaine mise en retrait du candidat socialiste, beucoup plus effacé et sur la défensive après sa bonne séquence du Bourget. 

  

Un retour qui est aussi du certainement aux abandons de Christine Boutin et Hervé Morin à droite. Mais le prochain défi pour Nicolas Sarkozy sera de réduire l'écart au 2ème tour, qui reste encore énorme (56% contre 44%) du fait du rejet de sa personnalité chez l'électorat de François Bayrou.    

   

La machine à perdre : Réenclenchée hier par la gauche à l'occasion du vote du mécanisme européen de stabilité (MES) à l'Assemblée Nationale. Le PS s'est abstenu parce qu'il ne pouvait pas voter ouvertement contre, ce qu'ont fait les verts et l'extrême gauche. La rigueur, certainement l'angle d'attaque idéal pour la droite dans cette campagne

 

23 février :

 

Nicolas Sarkozy continue sa remontée improbable. Hier soir encore, au journal de France 2 et une semaine après sa déclaration de candidature sur TF1, il a remis du rythme en mettant sur la table des propositions pour valoriser les petits salaires, qui font presque penser au programme de Jean-Luc Mélenchon. 

 

C'est la stratégie du président du peuple, celle qui lui permet de promettre pour la deuxième fois en cinq ans la suppression des parachutes dorés. Qu'importe que cela fasse fouillis ou "solution de dernière minute", il occupe le terrain. Pendant ce temps, François Hollande dort et sort un bouquin, mais ça fait un peu léger.

 

Même s'il y a toujours le risque de se disperser dans trop d'idées dont certaines pourraient jouer le rôle de repoussoir, il s'agit bien d'une stratégie gagnante : être offensif, occuper le terrain, toujours imprimer du mouvement. C'est le retour du lapin Duracell.    

   

Le retrait de candidature : C'est celui de Frédéric Nihous et du célèbre CPNT (Chasse Pêche Nature et Traditions). Un petit candidat de moins et un peu de clarté en plus. Oui, aussi un soutien de plus pour Nicolas Sarkozy.

 

24 février : 

 

La campagne par meetings interposés entre Nicolas Sarkozy et François Hollande continue. Certainement l'inauguration d'une grande tendance pour les années à venir, tant les deux candidats font l'effort de se répondre du tac-au-tac et de réagir aux idées de l'adversaire. 

  

En meeting à Lille, le président sortant a enfoncé le clou sur la valeur travail et le "travailler plus" en fustigeant la culture de l'assistanat de la gauche. Il a appelé son rival à garder son sang-froid face aux attaques. 

 

En meeting au Mans, le candidat socialiste a enfoncé le clou sur son combat contre "le monde de la finance" en s'en prenant à son tour aux parachutes dorés et aux retraites-chapeaux. Il a appelé son rival à assumer son bilan face aux attaques. 

 

La suite au prochain épisode.    

   

L'accusation : A nouveau portée par Marine Le Pen. Après la viande halal sortant des abattoirs, elle s'en est cette fois prise à Nicolas Sarkozy qui aurait selon elle demandé à certains grands patrons de repousser leurs plans de licenciements après les élections. Là encore sans preuve.

 

27 février : 

 

François Hollande était l'invité ce soir de "Paroles de français", l'émission ennuyeuse de TF1. Encore des questions de citoyens à rallonge, et des réponses vagues et à côté de la plaque. Les candidats n'y sont pas pour rien, mais le format y est pour beaucoup. 

 

Sur le contenu, on retiendra que le candidat socialiste a de nouveau chargé contre les riches, qu'il n'aime vraiment pas, en proposant un nouvel impôt.Beaucoup de bruit pour rien, quand on sait que le bouclier fiscal coûte moins de 600 millions d'euros par an.    

   

L'anniversaire : Nous le sommes le 27 janvier : En rase campagne fête son premier mois d'existence. Il s'est déjà passé beaucoup de choses dans cette campagne, et ce n'est que le début.

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  • : La politique est toujours en campagne, CARBONE 12 aussi ! Lancé à 100 jours du 2e tour des élections présidentielles de 2012 pour redonner de la hauteur à un débat qui volait bas, EN RASE CAMPAGNE est un blog qui commente la vie politique française.
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