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19 décembre 2012 3 19 /12 /décembre /2012 23:54

« Tout parti vit de sa mystique et meurt de sa politique »

 

Charles PEGUY (1873-1914) – Ecrivain français et mort-vivant

 

 

Le FN est le pire cauchemar des hommes politiques français. Surtout de droite. Quand il était encore jeune, Jacques Chirac avait fait de la fin de ce parti une affaire personnelle. Il n’a jamais réussi. On disait souvent que le FN disparaitrait à la mort de son fondateur Jean-Marie Le Pen. Rien n’est moins sûr : sa fille Marine a si bien affirmé sa position dans le mouvement qu’elle en a obtenu le meilleur score de l’histoire aux dernières élections présidentielles. Il n’a d’ailleurs même pas eu besoin d’elle pour gagner des sièges de députés à l’assemblée nationale.

 

Le FN est au contraire un rêve éveillé pour la gauche. Bien consciente qu’il faut diviser pour mieux régner, elle est aussi vindicative dans la condamnation morale de son discours que satisfaite de la conséquence électorale de son existence. Avec une formation à sa droite, l’UMP a en effet un rival qui lui pique ses électeurs les plus extrêmes et qui croit même à présent lui prendre sa place. Avant elle pouvait dire ce qu’elle voulait sans avoir à draguer des populations acquises d’avance. Maintenant elle perd des réserves de voix et ne peut pas faire alliance avec.

 

Le châtiment moral serait trop fort. François Hollande perpétue l’alliance objective avec l’extrême droite en remettant à l’ordre du jour des sujets aussi diviseurs que le droit de vote des étrangers aux élections locales, qui ne passera pas heureusement faute d’une majorité des trois cinquièmes au congrès. Il fait comme François Mitterrand quand il inventa à lui tout seul SOS Racisme, le talent en moins. La diabolisation du FN est le piège pour l’UMP tant elle disqualifie la moindre prise de position décomplexée. C’est pourquoi la dédiabolisation est la solution.

 

A trop fustiger la bienveillance de la gauche, la droite a fini par oublier qu’elle avait une responsabilité dans le problème de l’extrême droite et dans sa résolution. Le Front national est certes un parti raciste et xénophobe. A la manière du FLN en Algérie, il veut libérer la France de l’invasion de ces noirs et de ces arabes qui se croient chez eux alors qu’ils sont chez nous. Il incarne là une anti-France tant il défend une position ni généreuse, ni ouverte, ni fraternelle.

 

Mais le FN ne sera jamais qu’un petit parti poujadiste. Il dénonce avec pragmatisme les petits scandales des profiteurs de la république. Il finance avec opacité le petit train de vie à 30 millions d’euros de son créateur. Il défend avec mauvaise foi les intérêts bien compris des petits commerçants collabos. Jean-Marie Le Pen n’a fait le parti que pour l’argent et Marine Le Pen ne l’a repris que pour en finir avec l’euro. C’est sa seule idée, et elle est mauvaise. Cela induirait une dévaluation courante et une inflation galopante dont la France ne se remettrait pas de sitôt.

 

Il faut donc préparer une stratégie pour parvenir à la fin du FN. Sur le plan technique, il faut cesser de le condamner pour ses positions morales et plutôt l’attaquer sur ses propositions économiques. Sur le plan médiatique, il faut arrêter de saboter ses apparitions mais au contraire le sortir de sa discrétion actuelle pour qu’il ne soit plus une surprise et un recours avant chaque élection. Sur le plan politique, il faut renoncer à mettre en doute sa légalité alors qu’il ne sera jamais interdit. Sur le plan tactique, il faut lui voler ses thèmes pour lui reprendre ses électeurs.

 

L’école buissonnière de la tactique Buisson a montré qu’on pouvait siphonner l’extrême droite. Mais c’est un jeu bien dangereux sur le plan électoral avec la perte de soutien du centre et sur le plan moral avec la perte de notre honneur. Il faut pourtant y jouer. Le FN est trop à droite pour l’UMP. L’alliance serait une faute mais l’ignorance serait un crime. En s’adjugeant trop de sujets que la droite devrait traiter, le FN est devenu le parti de trop. Il faut donc le tuer.

 

Il y a deux manières de banaliser le FN en reprenant le dessus sur ses thèmes favoris. La manière douce qu’aurait incarné François Fillon revenant à dire la même chose mais sur un ton plus cordial. La manière forte qu’incarnera Jean-François Copé revenant à dire la même chose mais sur un ton plus juste. Le Copé collé, c’est assumer sans complexes ses positions au lieu de les cacher parce honte. Là le centre nous suivra sans qu’on ne laisse d’espace à l’extrême droite. Alors les français cesseront de voir dans le vote du FN le seul moyen d’exprimer leur ras-le-bol.

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