31 octobre 2014 5 31 /10 /octobre /2014 08:57

« Je ne prétends pas avoir tout bien fait. Mais je n’ai pas menti »

 

Nicolas SARKOZY (1955) – Homme politique et très autocritique

 

Sarkommence. Nicolas Sarkozy est revenu tel qu’en lui-même : énergique, impulsif, agressif. Comme dit Xavier Bertrand, « on ne se réinvente pas ». Il n’a pas changé. Il n’a pas délaissé ce langage de cour d’école indigne d’un ancien président qui le fait proférer des menaces contre la justice. « Si on voulait éviter que je revienne, ce n’est pas comme ça qu’il fallait s’y prendre ». Un jour il en viendra aux mains. Ajoutez le concours de blagues pour amuser la galerie de militants UMP, et vous comprendrez que ce retour dans la vie politique est surtout celui d’une rock star. Du Sarkoshow.

 

Nicolas Sarkozy l’a dit : inutile de savoir si c’est l’homme de 2007 ou l’homme de 2012 qui revient. C’est l’homme de 2014, avec un regard appuyé sur 2017. Un œil qui regarde aussi dans le rétroviseur, tant ses meetings tournent au mea culpa en public et à la psychanalyse à ciel ouvert. Il regrette ses emportements du passé. Alors pourquoi n’a-t-il emporté comme seule perspective que son programme de 2012 ? Pourquoi sa ligne n’est-elle ni à droite ni au centre et n’a-t-il aucune vision ?

 

Jacques Chirac avait dit un jour d’Alain Juppé qu’il était « le meilleur d’entre nous ». Nicolas Sarkozy pour sa part dit tous les jours qu’il est le meilleur d’après lui. Il passe son temps à baver sur les autres et s’autoproclame comme le grand président qu’il n’a jamais été. À l’Élysée, il n’aura été qu’un Chirac en sueur. Son agitation est restée stérile. Il n’a pas fait de grandes réformes, il a multiplié les commissions, il a fait une loi par fait divers. Sa personne a divisé les français. Il a clivé, il a dévoilé sa vie privée, il n’a pas toujours été digne. Sa défaite en 2012 est certainement due à l’antisarkozysme. Elle va aussi chercher dans la défection du peuple de droite.

 

Mis en ballotage comme De Gaulle en 1965 ?

 

Les médias et les suiveurs lui promettent une élection par acclamation à la tête de l’UMP. C’est vrai qu’il a manqué aux militants, mais ils sont plus amoureux de son souvenir que de son bilan. Il n’est pas attendu par la droite. Elle a tourné la page. Du moins elle veut tourner la page, et s’imagine mal revivre le passé jusqu’en 2022. Il est encore temps de le mettre hors course avant l’élection présidentielle. Soit à la primaire, soit via les affaires, soit dès cette élection à la présidence de l’UMP.

 

On s’attend à ce qu’il gagne cette élection dès le 1er tour fin novembre. Il n’y a que trois candidats, la probabilité mathématique est donc importante. Or il pourrait être obligé de jouer un 2e tour début décembre. Début décembre 1965 déjà, le Général de Gaulle était contre toute attente mis en ballotage par François Mitterrand alors que tout le monde le voyait emporter triomphalement l’élection présidentielle. Bruno Le Maire devrait faire un bon 25 % et Hervé Mariton plus que 2 %. Alors qui sait ?

 

Personne ne doute vraiment que Nicolas Sarkozy sera élu au final. Il est trop craint et respecté pour qu’une coalition ne se forme contre lui. Son score sera néanmoins l’objet de commentaires. Et il a pris un risque en revenant par le parti car il aura du mal à le redresser. Son discours aura du mal à être audible et crédible alors que les affaires s’accumuleront et que ses rivaux lui lanceront des peaux de banane.

 

Car c’est la surprise de son retour : il y a plus de résistance que prévu. On veut le faire descendre de son piédestal élyséen. S’il échoue à la présidence du premier parti de l’opposition, Nicolas Sarkozy aura du mal à prétendre être le président de la France en 2017. Tel Napoléon Bonaparte lors des Cent jours, la stratégie du retour aura de nouveau échoué. Comme on dit, les grands événements ont toujours lieu deux fois. La première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce.

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29 octobre 2014 3 29 /10 /octobre /2014 09:05

« L’allemand ? C’est la langue que je parle avec mes chevaux »

 

Frédéric II de Prusse (1712-1786) – Roi de Prusse et faux allemand

 

Dans un essai que tout le monde a oublié intitulé « L’Allemagne au-dessus de tout », le sociologue Émile Durkheim analysait les fondements de la soi-disant supériorité allemande. Et concluait que l’Allemagne était plus forte militairement du fait de sa culture nationale. Le fameux orgueil allemand, aujourd’hui plus que jamais flatté. L’Allemagne est le modèle à suivre. Son gouvernement est populaire et respecté. Sa société est sereine et multiculturelle. Son économie est saine et performante.

 

Il n’y a donc pas qu’au football que les allemands nous font la leçon. L’Allemagne est le pays n°1 en Europe. Première puissance démographique, avec ses 80 millions d’habitants. Première puissance économique, avec son négoce extérieur amplement excédentaire. Et désormais première puissance politique, tant la France a déserté le champ de bataille. On ne peut pas être le moteur de l’Europe et cumuler à ce point déficits budgétaires et commerciaux. Or si on vote FN aux élections européennes…

 

La France est rétrogradée aux yeux de l’Allemagne derrière d’autres pays qui tels l’Italie ou l’Espagne ont fait les efforts qu’il fallait pour retrouver la compétitivité. Il va falloir négocier avec l’Allemagne et sa rigide chancelière, sa conservatrice presse et sa bien fidèle commission de Bruxelles qui surveille comme le lait sur le feu la dette française. On serait tenté de voir dans cette mise sous tutelle une humiliation insupportable. L’origine de tous nos maux. Un appel à la xénophobie. Le problème est pourtant chez nous, dans notre incapacité à nous réformer et notre inculture économique. La crise était là avant la crise : croissance molle, déficit structurel, chômage de masse. Plus qu’économique, elle était politique, sociale et morale.

 

Au revoir, Angela !

 

Le satisfecit attribué par Angela Merkel à Manuel Valls sur les « impressionnantes » réformes engagées n’y changera rien. La France est l’homme malade de l’Europe. Engoncée depuis quarante ans dans son addiction à la dépense publique et son aversion au travail, elle paie de ne pas avoir fait les réformes comme l’Allemagne de Gerhard Schröder dans les années 2000. La croissance était au plus bas. Il n’a fallu que quelques années pour relever la tête. Un encouragement à faire de même.

 

Finalement, Angela Merkel aura surtout profité du travail de son prédécesseur. Elle s’est contentée de préserver l’acquis, avec une rigidité et une rigueur qui confinent parfois à l’immobilisme et ont pu lui faire commettre des erreurs. Contrairement à un Nicolas Sarkozy qui parvint à lui imposer la garantie sur les dépôts bancaires au plus fort de la crise, elle est plus douée pour le management du quotidien que pour la gestion de crise. C’est ce qui lui vaut sa longévité au pouvoir et sa popularité.

 

C’est vrai qu’il est plus facile de diriger un pays de moutons qui ne descend jamais dans la rue. Angela Merkel va se retirer par la grande porte en 2017 et les sociaux-démocrates s’amendent déjà pour défendre son héritage. Nous devrons être là pour reprendre les négociations. Non tels des adversaires où l’un implore l’autre, mais tels des partenaires parlant d’égal à égal. L’Allemagne est un fait, pas un choix.

 

Le modèle allemand a vécu. Il est menacé par le vieillissement de sa population. Il se nourrit de la baisse des salaires et des travailleurs pauvres. Il prospère surtout sur le mercantilisme le plus cupide, consistant à faire des excédents commerciaux sur le dos de ses partenaires et à exploiter la main d’œuvre à bas coût de l’Europe de l’est. Un jeu peu coopératif qui mériterait bien des concessions sur la politique économique de la zone euro. François Hollande avait fait le rapprochement avec la Première guerre mondiale et le devoir pour l’Allemagne d’aider ses voisins après leur avoir fait tant de mal en 1914. C’est bien de cela dont il s’agit. L’Allemagne paiera.

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28 octobre 2014 2 28 /10 /octobre /2014 07:29

« Le parti socialiste se prend toujours à gauche »

 

Gérard GRUNBERG (1952) – Politologue français et spécialiste de la gauche

 

On les appelle les révoltés du Bounty. La barre chocolatée, pas le bateau. Cela fait des mois qu’on parle d’eux dans les médias en mal de castagne. Les frondeurs ont une audience inversement proportionnelle à leur poids, 41 députés lors du vote sur le pacte de responsabilité et 32 lors du vote de confiance. Ce ne sont jamais que des élus de terrain qui ont peur pour leur place et qui redoutent un raz-de-marée pour la gauche en 2017. Alors ils cognent, en rajoutent. Au risque de ne pas être investis en cas de dissolution. Perdre aujourd’hui ou perdre en 2017, telle est la question.

 

Les frondeurs révèlent cependant un malaise à gauche. Le gouvernement de Manuel Valls mène une politique bien trop à droite pour les tenants des vieilles lunes et des vieux symboles socialistes, de Jaurès à Guesde en passant par Trotski. Leur colère ravive des fractures : première gauche contre deuxième gauche, colbertistes contre européistes, jacobins contre girondins. Mitterrand contre Delors. Leur abstention a failli coûter sa vie au gouvernement. Elle lui a au moins coûté sa majorité absolue.

 

On ne sait pas où cela les mène, tant l’avenir est souvent moins ce que l’on fait que ce qui nous arrive. Ils n’ont pas de leader. Christian Paul a l’aura d’une coccinelle et Laurent Baumel le charisme d’une huître. Il y aurait bien Jérôme Guedj ou Gérard Filoche, mais ils sont si assurés de leurs idées qu’ils ne jugent pas opportun de les soumettre à leurs électeurs pour se faire élire député. Arnaud Montebourg et Benoit Hamon sont des renégats social-traitres qui sont allés à la soupe du gouvernement. La nouvelle donne de Pierre Larrouturrou est inaccessible au commun des lecteurs. Jean-Christophe Cambadélis est paralysé par sa position d’arbitre de 1er secrétaire. Il ne reste que Martine Aubry, dont on attend encore l’esquisse d’une proposition.

 

Les révoltés du Bounty

 

La grogne des frondeurs est une révolte d’opérette. Ils demandent à discuter pour infléchir la ligne de l’exécutif et c’est bien le seul moment où François Hollande peut manifester un peu d’autorité en les renvoyant à leurs études. Ils ne font pourtant que proposer des ajustements, quelques milliards en moins ici, quelques droits nouveaux là. Ils mélangent tout, politique d’austérité et politique de l’offre, comme pris dans leurs dogmes vieux d’un siècle qui leur font voir le monde non pas tel qu’il est mais tel qu’ils voudraient qu’il soit. Un monde où la gauche n’a pas le pouvoir.

 

On s’attendrait à ce qu’ils tirent les conséquences de leurs déclarations et créent un groupe parlementaire distinct vu qu’ils sont incapables de suivre la discipline du leur. Ce qui aurait été impensable sous Nicolas Sarkozy. Mais plus qu’un R-UMP de gauche, c’est peut-être un nouveau parti qui pourrait naître à l’issue du prochain congrès du PS programmé en 2015 après les états généraux de la gauche. Un nouveau parti socialiste. Un schisme de plus après le congrès de Tours de 1920.

 

C’est le drame de la gauche faible. Elle refait continuellement les débats du passé alors qu’elle a depuis longtemps accepté l’économie libérale et tourné le dos aux classes populaires. En préférant les bobos aux ouvriers et les querelles sociétales aux luttes sociales, la gauche française s’est durablement éloignée de son électorat. Ses mots en faveur des pauvres ne sont que pure rhétorique. Elle ne voit pas qu’elle nuit au travailleur en motivant l’immigration, qu’elle horrifie le musulman en votant le mariage pour tous, qu’elle offense l’enseignant en abaissant l’enseignement.

 

Le Parti socialiste connait une nouvelle crise de croissance. La pire de toute car la moins bien préparée et parce qu’il est au pouvoir. François Hollande veut infliger sa mentalité social-démocrate à la Tony Blair et ses réformes de structure à la Gerhard Schröder. Il a juste oublié de prévenir les siens avant d’être élu. C’est le drame de la gauche et de la France, toutes deux incapables de se réformer parce que les idées qui pourraient la sauver n’y sont pas majoritaires. On dit qu’un congrès du PS se gagne toujours à gauche. On attend encore de voir à quoi ressemble la gauche forte.

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