21 octobre 2014 2 21 /10 /octobre /2014 08:17

« La politique de la France ne se fait pas à la corbeille »

 

Charles de GAULLE (1890-1970) – Ancien président et ennemi de la finance

 

Se serrer la ceinture ou baisser son pantalon : telle est l’alternative douloureuse à laquelle se retrouve confrontée la France. Elle passe actuellement son examen pour faire valider son budget par l’Union européenne. Alors pour mieux faire passer la pilule d’un énième déficit à plus de 3 %, le gouvernement multiplie les annonces de réformes structurelles pour rassurer Bruxelles. Allocations familiales, indemnités chômage, professions réglementées : on est plus là dans la com et l’effet de signal que dans le changement réel. C’est une manière de ménager à la fois l’UE et le PS.

 

Comment en effet interpréter autrement la démonstration du ministre de l’économie sur la libéralisation des professions réglementées ? C’était la dernière chose qu’on attendait de la part d’un gouvernement socialiste, mais souvent la droite espère de la gauche qu’elle fasse les réformes qu’elle n’a pas le courage de faire. Autocars, notaires, travail le dimanche : on doute que cet inventaire à la Prévert de mesures technocrates parvienne à relancer la croissance et à donner du pouvoir d’achat aux français. C’est du domaine de l’infiniment petit, et pas à la hauteur des enjeux.

 

Emmanuel Macron mène une politique de la taille du micron, microéconomique et non macroéconomique. Son but n’est pas d’avoir des résultats mais de prouver que l’État peut encore résister aux corporatismes au service de l’économie de marché. Il prend le risque d’une énième reculade du gouvernement. Le banquier Macron n’a pas la majorité de sa politique, puisqu’il ne mène pas la politique de sa majorité. Plus le gouvernement taille dans la dépense, plus sa majorité se décompose.

Toutes ces annonces donnent l’impression que la France remplit une liste de course dans le seul but de satisfaire Bruxelles. Cela pose la question de sa souveraineté. Michel Sapin dit que seul le parlement, représentant légitime du peuple français, peut retoquer un budget. La commission européenne est pourtant en passe de nous infliger des sanctions pour notre manque d’efforts (21 milliards d’euros d’économies, mais par rapport à la pente normale des dépenses). Et le conseil constitutionnel, gouvernement des juges s’il en est, pourrait très bien invalider le projet de loi de finances pour son insincérité tant ses hypothèses de croissance sont irréalistes.

 

La finance, épreuve de vérité

 

Pourtant le gouvernement garde toutes ses chances de passer l’obstacle bruxellois. On ne peut pas en dire autant à propos de la finance. Car la France va aussi devoir rassurer les marchés et les agences de notation, qui notent bien l’absence réelle de réformes dans notre pays. Jusqu’ici la dette française attirait les prêteurs parce qu’elle profitait de la crédibilité allemande. Voilà pourquoi sortir de l’euro ne ferait pas sortir de la crise, bien au contraire. Mais le ralentissement relatif (1,2 % contre 2 % annoncé) de la croissance allemande a fait vaciller les bourses européennes.

 

La croissance de l’Europe tourne au ralenti car son désendettement va trop vite et son austérité va trop loin. La rigueur et l’ordolibéralisme allemands montrent leurs limites. La France qui bénéficiait de taux d’intérêts historiquement bas craint qu’ils remontent. Ce serait un coup de massue sur nos dernières marges de manœuvre budgétaires s’il fallait emprunter à plus de 5 % comme chez nos voisins. Ironie du sort, les socialistes font une politique à la corbeille et sont esclaves de la finance.

 

La crise repart, bien qu’elle ne se soit jamais arrêtée. C’est juste son sous-jacent qui a changé. Elle est née de l’insolvabilité des ménages américains suite à l’explosion de la bulle immobilière. Elle s’est ensuite reportée sur les banques, qui après avoir prêté sans limite se retrouvaient sans liquidités. Puis elle a affecté l’économie réelle avec la récession, que les États ont essayé de sauver par de grands plans de relance au prix d’une escalade record de leurs dettes souveraines. C’est là que des fragilités jusqu’alors bien cachées ont explosé au grand jour, comme par exemple en Grèce.

 

Aujourd’hui, la politique de rigueur menée sous les ordres de l’Allemagne aboutit à une croissance molle et à la déflation. La baisse de l’activité engendre la baisse des prix, qui provoque une baisse de la consommation et de l’investissement donc une spirale autoentretenue de baisse des prix. Or on ne sait pas relancer la demande en pareille situation. La commission européenne a promis un plan de relance de 300 milliards d’euros sur des investissements d’avenir (numérique, énergie, recherche). Mais la France comme l’Europe semblent bien piégées dans une voie sans issue.

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20 octobre 2014 1 20 /10 /octobre /2014 08:47

« À force de descendre dans les sondages, Juppé va finir par trouver du pétrole »

 

André SANTINI (1940) – Homme politique et grand blagueur

 

C’est l’homme en forme. On ne parle que de lui. Sympa, apaisé, convaincant. Drôle même ! Alain Juppé n’en finit pas de marquer des points. Depuis sa bonne ville de Bordeaux, il vit un véritable état de grâce. Et rêve tous les matins en se rasant à l’élection présidentielle de 2017. Ses sondages sont bons, très bons même. Tout va bien, malgré les propos blessants de Bernadette Chirac qui le trouve « froid ». C’est l’hôpital qui se moque de la clinique. Ou plutôt la glacière qui se moque du frigo.

 

Belle revanche sur l’histoire pour celui dont on croyait que la chance était passée. L’homme « droit dans ses bottes » est désormais bien dans ses baskets. Il sourit. À presque 70 ans, le « meilleur d’entre nous » rêve de conquête là où d’ordinaire on fait le bilan de sa vie. C’est d’ailleurs à cause de cet âge du capitaine qu’on se demande s’il tiendra le coup jusqu’en 2017. La campagne sera longue et éreintante. Nicolas Sarkozy ne l’épargnera pas. N’aurait-il pas dû se présenter plus jeune ? Or ce qu’il y a de bien avec le storytelling, c’est qu’on peut réécrire l’histoire comme on veut.

 

Raconter une histoire qui colle aux attentes du pays

 

Uchronie. Récit de l’histoire telle qu’elle aurait pu se passer. Nous sommes en 2012. Nicolas Sarkozy est discrédité jusque dans son propre camp. Il ne pourra pas porter les couleurs de la droite à l’élection présidentielle. Éternel recours, Alain Juppé est désigné par l’UMP pour suppléer le président sortant. C’est la revanche de la droite gaulliste sur la droite bling-bling. Il affronte Martine Aubry, qui a gagné la primaire socialiste face à François Hollande. Elle lui ressemble, revenant aussi de loin après une élection législative perdue dans sa ville et une mise à l’écart de son camp. C’est l’adversaire idéale, tant les 35 heures sont la pire réforme de l’histoire de France.

 

Alain Juppé gagne et prend sa revanche sur le sort. Sur cette terrible grève de 1995 où sa raideur l’avait pour longtemps rendu impopulaire. Sur cette condamnation de 2004 où il avait pris pour tout le monde afin de sauver la chiraquie. Cette victoire montre qu’on peut tous changer si on apprend de ses erreurs. Elle rappelle que la France est un pays capable du pire comme du meilleur, mais qui se relève toujours.

 

Utopie. Récit de l’histoire telle qu’elle pourrait se passer. Alain Juppé n’a pas été élu en 2012 vu qu’il ne s’est pas présenté. Ce sera pour 2017. En dépit de son manque de soutiens, il gagnera la primaire ouverte face à Nicolas Sarkozy grâce à sa posture centriste et à son alliance avec François Bayrou. Son sang-froid a fait la différence, la droite elle-même s’étant lassée de la stérile agitation de son adversaire.

 

Il va être élu face à Marine Le Pen. Pourtant sa campagne, si elle lui ressemble, ne colle pas du tout aux attentes du pays. Elle est modérée alors qu’il s’est radicalisé. Elle est ouverte alors qu’il s’est replié sur lui-même. Elle est gauchisante alors qu’il s’est droitisé. Le discours multiculturaliste à l’eau tiède d’Alain Juppé ne passe pas dans l’opinion. Mais l’art de la politique, c’est de raconter une histoire qui colle aux attentes du pays. Quitte à travestir un peu ce qu’on dit être les attentes du pays.

 

Comme Nicolas Sarkozy en 2007 avec la rupture et le volontarisme, Alain Juppé se présentera aux français avec un profil répondant parfaitement au diagnostic qu’il aura lui-même fait de la France de 2017. Celui d’un pays fatigué qui a besoin d’être apaisé, rassemblé puis réformé. Il va faire de ses faiblesses des forces. Il n’est pas modéré mais équilibré. Il n’est pas vieux mais sage. Il n’est pas froid mais réfléchi. Il sera le Poincaré ou le Doumergue du XXIe siècle, un sage tiré se sa retraite pour sortir la France de la crise. Et si le vrai retour, ce n’était finalement pas le sien ?

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19 octobre 2014 7 19 /10 /octobre /2014 07:55

« On ne frappe pas un homme à terre. Il risque de se relever »

 

André ROUSSIN (1911-1987) – Dramaturge français et frappant par derrière

 

Nicolas Sarkozy est l’homme à abattre. Du moins si l’on en juge le nombre d’affaires judiciaires qui le menacent. Bettencourt, Kadhafi, Karachi, Bygmalion… Tous les jours des boules puantes et des révélations émanent de Médiapart ou du Monde, le journal du soir étant même allé jusqu’à faire deux jours de suite sa une sur deux affaires visant l’ancien président. Avec à chaque fois un entrefilet pour constater sa mise hors cause. Si ce n’est pas une chasse à l’homme, c’est au moins un safari.

 

Il est assez honteux qu’un journal aussi sérieux bien qu’affilié de notoriété publique à la gauche bienpensante invente des affaires aussi banales et capillotractées que celle de la vente d’hélicoptères au Kazakhstan. Pour un peu, on finira par croire aux rumeurs prêtant l’existence d’un cabinet noir à l’Élysée, dirigé par Stéphane Le Foll et chargé de faire tomber Nicolas Sarkozy en rechargeant les médias de munitions que ces derniers relaieraient complaisamment. On sauve sa place comme on peut.

Il n’y a pas que cela. Même les juges s’y mettent, violant dans la joie et l’allégresse le secret de l’instruction en transmettant des pièces de leurs dossiers à la presse. Comme par hasard souvent à charge, comme si le syndicat de la magistrature qui a mis Nicolas Sarkozy en tête de gondole de son « mur des cons » ne croyait plus à la présomption d’innocence. Il est vrai qu’un temps, Nicolas Sarkozy lui-même ne croyait plus à l’utilité des juges d’instruction. D’où une méfiance réciproque.

 

Le retour de Nicolas Sarkozy avec sa stratégie du bulldozer qui devait tout emporter sur son passage a échoué. Forcément condamné à décevoir, l’ancien président n’a que 31 % d’opinions favorables et est retombé à son niveau de 2012. Les français aiment leurs hommes politiques quand ils sont loin, Alain Juppé ne doit donc pas s’enflammer. Ils sont aussi 62 % à penser qu’il n’y a pas d’acharnement judiciaire contre Nicolas Sarkozy. Les faits laissent pourtant penser à une théorie du complot.

 

Quand la justice s’acharne

 

Il y a d’abord l’affaire des écoutes. Durant 13 mois, les conversations téléphoniques de Nicolas Sarkozy ont été épiées sans que rien ne soit trouvé contre lui. S’agissait-il de transmettre des informations précieuses à l’Élysée ? Le ministre de l’intérieur de l’époque Manuel Valls et la ministre de la justice Christiane Taubira ont nié, cette dernière disant même n’être au courant de rien alors que la feuille qu’elle tendait prouvait le contraire. Ah les pieds nickelés ! Cette intrusion dans la vie privée digne de la Stasi a bien ému les français, qui ont trouvé injuste le sort de Paul Bismuth.

 

Il y a ensuite sa mise en examen. En pleine nuit et pendant 13 heures. Il y avait là outre la volonté de désacraliser jusqu’au bout la fonction présidentielle le désir d’humilier Nicolas Sarkozy. On espérait ainsi le dissuader de revenir. C’était mal le connaitre : ce coup bas a été sa meilleure motivation. Il hésitait, les événements l’ont décidé. Cette chasse à l’homme va peut-être même le rendre sympathique.

 

Il y a enfin l’affaire Bygmalion. Le cas le plus inquiétant pour lui, sa campagne ayant largement dépassé les plafonds de dépenses. Ses dons de gestionnaire n’en sortent pas grandis, or on n’imagine mal qu’il ait pu ne pas être au courant. Au contraire, on peut penser qu’il a lui-même imaginé cette combine avec Jean-François Copé et Jérôme Lavrilleux. Ils ont joué avec le feu et la justice, et le train est allé trop vite. Une mise en examen dans cette affaire, y compris pour les 400 000 euros qu’il n’a pas payés, ruinerait ses rêves de réélection en 2017. Il serait tombé bien bêtement, tel Al Capone pour fraude fiscale ou Bernard Madoff à qui on a osé le comparer.

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