26 novembre 2014 3 26 /11 /novembre /2014 09:43

« Contre le chômage, on a tout essayé »

 

François MITTERRAND (1916-1996) – Ancien président et au chômage technique

 

C’était il y a pile vingt ans. Dans la revue Le Débat de novembre-décembre 1994, l’actuel patron d’Europe 1 Denis Olivennes publiait un article remarqué intitulé « La préférence française pour le chômage ». Une analyse fine et provocante où il explique que le système social français favorise davantage le chômage que le travail. Ce qui reste totalement vrai aujourd’hui : le chômage est un mal structurellement français.

 

Notre modèle social est corporatiste car il repose sur des avantages sociaux acquis par des groupes de pression chargés de bloquer le système contre toute velléité de réforme. À défaut d’avoir de bonnes idées, ils n’ont pas toujours de mauvaises intentions. Les syndicats ont par exemple pour mission de protéger les travailleurs, d’où leur volonté d’empêcher les licenciements à travers un code du travail lourd, la généralisation du CDI et le recours systématique au tribunal des prud’hommes.

Paradoxe, c’est à trop protéger ceux qu’on aime qu’on finit par ne plus les défendre. C’est en multipliant les aides au logement qu’on nourrit la hausse des loyers. C’est en partageant le temps de travail qu’on rationne le travail. C’est en surprotégeant les salariés qu’on perpétue des chômeurs précaires de longue durée. C'est en protégeant à tout prix l'emploi qu'on nuit aux employés. Il y a un effet pervers à nuire à ceux qu’on veut aider. En multipliant le nombre de normes pour empêcher de licencier, on a fini par décourager les entreprises d’embaucher.

 

La gauche a une curieuse vision de la solidarité. Elle préfère opposer les travailleurs aux chômeurs en protégeant les uns et en délaissant les autres au lieu de partager les difficultés et les jouissances entre tous afin que chacun soit tour à tour l’un et l’autre. C’est comme si au jeu des chaises musicales, c’étaient toujours les mêmes qui étaient bien assis et toujours les mêmes qui étaient obligés de rester debout.

 

Réhabiliter le travail en France

 

La gauche a une curieuse vision du travail. Elle ne cesse de le dévaloriser en disant que c’est un tourment insupportable qu’il faut s’infliger le moins possible. Dieu a pourtant donné la terre pour qu’elle soit cultivée. Le propre de l’homme est de vivre dans l’effort. Avant de répartir de la richesse, il faut bien la créer. On ne consomme que ce qu’on produit. Ce n’est pas le partage du travail qui crée l’emploi. C’est le travail qui crée l’emploi. C’est en travaillant que la France retrouvera la croissance. Elle ne doit plus être fainéante, mais se battre pour gagner la guerre économique.

 

Mais la gauche bête a préféré instaurer les 35 heures afin de donner du temps libre aux français. Or les loisirs n’ont profité qu’à ceux qui avaient de quoi se les payer, les bobos de gauche. Elle a ensuite agi contre les classes populaires en supprimant la défiscalisation des heures supplémentaires qui dopait leur pouvoir d’achat. L’égalité ce n’est pas empêcher ceux qui veulent en faire plus de travailler plus pour gagner plus. C’est préférer le mérite au communisme, où on partage le fruit du travail des autres pour aboutir à la démotivation de tous et à des rendements de kolkhozien.

 

On ne se réalise pas dans les loisirs. C’est le travail qui rend libre et permet de s’accomplir et de trouver sa place dans la société. En faisant le choix d’éjecter du corps social les plus fragiles, on nuit à l’insertion et à la cohésion et on nourrit le découragement et le désespoir. La nation c’est l’ensemble des productifs. Il faut laisser à chacun la chance d’en faire partie, et donc d’entrer et de sortir du monde du travail comme dans n’importe quel marché concurrentiel. L’avenir du travail, c’est d’alterner l’emploi avec des périodes de formation pour retrouver un autre emploi.

 

La supériorité morale et économique du travail étant démontrée, il faut le réhabiliter en le libérant. Cela passera par la flexisécurité, qui consiste à donner davantage de facilités de licenciement en contrepartie d’un filet de protection fort avec de bonnes indemnités chômage. Un contrat de travail simple et souple et fluide et flexible pour enfin de mettre de l’huile dans tant de rigidité et permettre au marché de l’emploi de se développer : voilà ce que doit être la préférence française pour le travail.

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25 novembre 2014 2 25 /11 /novembre /2014 09:27

« Nous on a le choix. Au cas où on n’aurait pas envie »

 

Patrick BESSON (1956) – Écrivain français et cousin de Buisson

 

Ce n’est un secret pour personne, je ne suis pas tendre avec Nicolas Sarkozy. Alors qu’il va sûrement être élu à la tête de l’UMP par des militants enamourés, je me bats depuis deux mois pour rappeler que son bilan de président ne justifie pas qu’on en fasse le sauveur que toute la nation attend. Souvent les gens l’aiment par passion et le détestent par raison. Moi c’est l’inverse. Je l’ai toujours aimé par raison car il est le meilleur d’entre nous et détesté par passion car il m’agace au plus haut point.

 

Un jour j’ai failli me réconcilier avec lui. C’était le 6 mai 2012. Au terme d’une belle campagne menée avec un mauvais programme, il avait failli battre François Hollande et s’en été allé par la grande porte au terme d’un beau discours à la Mutualité. Il aurait dû en rester là. Partir à 48 % alors que tout le monde l’annonçait à 43 %. Il a préféré revenir. Les déçus du sarkozysme sont nombreux, même à droite, même s’ils feront comme moi campagne pour Nicolas Sarkozy s’il est notre candidat en 2017.

 

Mais il a déjà eu sa chance. Nicolas Sarkozy est un homme du passé, le peuple lui a dit non une première fois en 2012. Il lui a dit non car il ne voulait plus de son style, trop parisien et pas assez français, trop superficiel et pas assez présidentiel. Le moi est haïssable. Or il n’avait pas de surmoi pour contrôler son narcissisme égotiste et sa propension naturelle à vouloir tout faire lui-même. Passant tous les jours à la télé, étalant sa vie privée, disant du mal de tout le monde, il a dégouté l’électeur de droite que j’étais dès 2007 par son goût immodéré du people et de la starisation.

Il n’a pas changé. C’est avec ses défauts qu’il est revenu, cette obsession d’être au centre de l’attention médiatique qui confine chez lui à l’inintelligence. Ce que vous êtes crie toujours plus fort que ce que vous dites. L’homme providentiel de la droite, c’est le même qui assumait sa nature bling-bling sur le yacht de Vincent Bolloré, qui se baladait à Disneyland avec Carla et qui répondait aux passants par « Casse-toi, pov’ con ». Il a désacralisé sciemment la fonction présidentielle. Il ne peut la sauver.

 

Non Monsieur Sarkozy, vous n’aurez pas mon vote !

 

Sa plus grande faute est de ne pas avoir osé mener les réformes qu’il avait promises durant sa superbe campagne de 2007. Un modèle du genre, même pour moi qui n’ait jamais été un grand fan de Sarko et qui doutait de sa crédibilité à résoudre les problèmes de la France. Bien entouré dès 2002, il a su monter en puissance pour redonner de l’espoir au pays avec sa rupture et ses valeurs. Le mérite, l’autorité, la nation ! Travailler plus pour gagner plus ! Ensemble tout devient possible !

 

Et il a échoué. La seule réforme marquante de ses 100 premiers jours fut le paquet fiscal, qui ne faisait que satisfaire sa clientèle naturelle des très riches et des petites successions. Il y eut bien sûr l’autonomie des universités, le crédit impôt-recherche et le service minimum dans les transports. Mais c’était insuffisant pour obtenir le plein-emploi, alors qu’il avait d’entrée renoncé à réduire les déficits et que sa seule stratégie de croissance était d’aller la chercher avec les dents. Nicolas Sarkozy ne savait pas gérer le quotidien car il n’avait pas de vision, à part celle de ses sondages.

 

Qui ne firent que chuter durant son quinquennat alors qu’il fut bien plus brillant dans la gestion de crise et dans les affaires internationales. Son volontarisme dans la crise géorgienne et lors de sa présidence de l’Union européenne sont ses grands succès, tout comme son action contre la crise financière même si elle fut ornée de discours grandiloquents sur la « moralisation du capitalisme » qui ne furent guère suivis d’effet. On aurait préféré qu’il fût plus opiniâtre sur la sécurité, l’immigration et l’école et qu’il aille bien plus loin sur les 35 heures et la réforme des retraites.

 

Au lieu de cela il s’est contenté de petits calculs politiciens comme son discours de Grenoble ou son débat raté sur l’identité nationale. Son non-remaniement de 2010 où il garda François Fillon au lieu de tenter Jean-Louis Borloo fut son ultime erreur, le condamnant au silence reclus d’un président protecteur cherchant vainement à sauver son triple A à coups d’impôts nouveaux et farfelus. Il pense qu’il lui a manqué une semaine en 2012 alors qu’il lui a manqué un mandat. Non Monsieur Sarkozy, vous n’aurez pas mon vote ! Je n’ai ni le désir ni la nostalgie de vous. Je suis passé à autre chose. Surtout si vous revenez avec le même disque rayé que le 6 mai 2012.

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24 novembre 2014 1 24 /11 /novembre /2014 09:39

« Le meilleur des syndicats sera celui qui, plutôt que d'organiser la grève du travail, proposera la greffe du travail »

 

Damien CAILLAUD (1968) – Écrivain français et qui a fait Mai 68

 

Selon la formule consacrée, le dialogue social est en panne. Les syndicats de salariés et les syndicats de patrons ne s’entendent pas. Le gouvernement les a chargés de se mettre d’accord sur les modalités d’application du pacte de responsabilité et chaque camp freine des quatre fers. La faute précisément à ce pacte de responsabilité, qui a vexé la CGT la plus conne du monde et sa vision du travail du XIXe siècle et rendu immodeste un Medef atteint du syndrome de Stockholm depuis qu’il a été kidnappé par le gouvernement. La crise n’autorise pourtant pas à se payer le luxe du temps.

 

François Hollande veut prouver qu’il est vraiment social-démocrate. Alors il tient à ce que ce soient absolument les partenaires sociaux qui, réunis autour de la table, se mettent d’accord pour définir la mise en pratique des réformes dont le pays a besoin. C’est une faute : on ne peut pas confier aux syndicats le soin de faire la loi quand ils ont une telle propension à imposer la leur, à savoir leurs simples intérêts particuliers sur l’intérêt général. Et ils sont illégitimes, irresponsables et inefficaces.

 

Les syndicats sont illégitimes. Les syndicats de salariés ne représentent que 8 % des travailleurs, payant là leurs discours passéistes et de régression. La réforme de la représentativité a juste mis sous assistance respiratoire les centrales existantes. Les syndicats de patrons ne sont pas mieux lotis, le Medef représentant surtout et avant tout les patrons du CAC 40 et les dividendes de leurs actionnaires et non les milliers de PME qui forment la majorité du tissu des entreprises dans notre pays.

Les syndicats sont irresponsables. Toute culture du compromis leur est étrangère, contrairement à un pays comme l’Allemagne où la social-démocratie est un art de vivre et de gouverner et non un simple discours. Le dialogue social en France ne se résume qu’à un jeu de rôle théâtralisé sur le thème « Je t’aime, moi non plus », où chacun injurie l’autre pour continuer à justifier son existence. La CGT qui méprise le Medef, c’est comme un estropié se tenant debout accoudé à l’épaule d’un aveugle.

 

Les syndicats sont inefficaces. Le dialogue social n’a jamais marché en France car les partenaires sociaux sont incapables de parvenir à des accords. Résultat : cette absence de résultats oblige l’État à passer d’un rôle de garant à un rôle de gérant, codifiant les relations quotidiennes au travail à coup de lois faute de négociations fructueuses et d’esprit de concession. Cet appel incessant à l’État dont on attend tout finit par instiller chez les acteurs sociaux un doux sentiment d’irresponsabilité.

 

Des syndicats illégitimes, irresponsables et inefficaces

 

Il est irresponsable de confier la responsabilité des réformes à des acteurs sociaux si peu productifs. Face à l’ampleur des déficits, ils devraient pourtant comprendre que seules des réformes permettront de perpétuer un système économique et social auquel ils disent tant tenir. Mais ils pensent le sauver en se recroquevillant dessus. Face à l’échec de la démocratie sociale, c’est à la démocratie politique de reprendre la main et le pouvoir. Les élus ne doivent plus se défausser de leurs responsabilités.

 

S’il est légitime de laisser au paritarisme le soin de codifier les questions de salaire et d’organisation du travail au sein de l’entreprise, cela l’est moins quand il s’agit d’édicter des axes généraux impliquant la gestion de tout un pays. Le camouflet de la conférence sociale où les syndicats de salariés ont quitté la table aurait dû servir de prétexte au gouvernement pour consulter sans concerter et faire des choix rapides plutôt que de rechercher un consensus mou. Mais il ne l’a pas fait car il ne veut pas prendre le risque de la rue. Sans vision ni courage, la gauche laisse les partenaires sociaux faire la loi pour en assumer les échecs, comme sur les allocations chômage.

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