25 octobre 2014 6 25 /10 /octobre /2014 08:03

« Je maintiens l’objectif de l’inversion de la courbe du chômage »

 

François HOLLANDE (1954) – Président de la république et plan sur la comète

 

Il va finir par y croire. Il y a deux ans pile, François Hollande commençait à parler pour la blague d’une inversion de la courbe du chômage. Une promesse qu’il n’a bien sûr pas tenue dans le délai imparti de l’année 2013, à l’image de tant d’autres comme le retournement ou le choc de simplification. La baisse de 0,3 % en août laisse espérer une suite, à quelques heures de connaitre les chiffres de septembre.

 

L’optimisme n’est pourtant pas démesuré. On sait que le chômage ne baissera pas significativement avant longtemps. Alors que Michel Sapin annonçait toujours des lendemains qui chantent, son successeur le ministre du travail François Rebsamen a décidé de ne plus commenter les chiffres du chômage. Le mal est en effet profond, au moins autant structurel que conjoncturel. Or il y a des moyens de s’en sortir.

 

Tout d’abord privilégier des politiques actives de réinsertion dans l’emploi au lieu de politiques passives d’assistanat social. Trop souvent, on se contente de verser une indemnité au chômeur au lieu de l’accompagner dans sa recherche. Il faut renforcer les contrôles pour responsabiliser les demandeurs d’emploi, quitte comme le veut la droite à conditionner l’obtention du RSA à des travaux d’intérêt général. La durée et le montant des aides peuvent aussi être réduits afin de ne pas rendre le chômage plus attractif que le travail. Mais ces mesures ne suffiront pas à régler le problème.

 

La recette du succès : formation, flexibilité, croissance

 

Il faut aussi mener une politique de l’offre, c’est-à-dire offrir aux entreprises une main d’œuvre de qualité en améliorant l’éducation et la formation de nos jeunes. Cela signifie améliorer la qualité du niveau à l’école et le contenu des formations à l’université, car nos diplômés ne sont pas toujours adaptés à la réalité du monde du travail. On pense aux nombreux métiers en tension qui ne trouvent pas demandeur et aux nouveaux secteurs à haute valeur ajoutée. Il faut aussi continuer les efforts en faveur de l’apprentissage et faciliter la tenue de stages en entreprise.

 

Il faut ensuite introduire plus de flexibilité sur le marché du travail. Les entreprises ont peur d’embaucher car elles ont trop de contraintes dues au droit du travail. Bien que cela semble contre-intuitif, il faut faciliter le licenciement afin de faciliter l’embauche. Il y aura un plus grand turn-over de la main d’œuvre, et non comme aujourd’hui une frontière infranchissable entre des travailleurs surprotégés par leur CDI et des chômeurs de longue durée découragés par tant de rigidité. Les difficultés seraient ainsi partagées entre tous et non réservées toujours aux mêmes.

 

Il faut enfin créer plus de croissance. C’est le travail des uns qui crée le travail des autres. C’est en laissant les français travailler plus pour gagner plus qu’on remplira de nouveau les carnets de commande des entreprises et qu’on stimulera l’emploi. Et non en partageant le travail comme avec les 35 heures, censées réduire le chômage et qui n’ont fait que tuer la croissance. Les travailleurs français sont aujourd’hui en moyenne les plus productifs au monde. Tout simplement parce que ne travaillent que les plus efficaces, au détriment des jeunes et des seniors qui sont au chômage.

 

Il n’est pas nécessaire d’être magicien pour inverser la courbe du chômage. Il faut juste mener les réformes qui s’imposent. Qui semblent figurer dans le très libéral programme de François Fillon. Il y a juste deux problèmes. D’une part, François Fillon n’est pas l’homme qu’il nous faut pour les porter. D’autre part, la France a toujours dit non à ces mesures afin de défendre un modèle social que personne ne lui envie. Mais quand on ne fait pas de réformes, on s’expose à des révolutions.

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24 octobre 2014 5 24 /10 /octobre /2014 07:50

« Dans ces 17 salopards il y a un français.

Il a un nom, il a une adresse et il s’appelle Pierre Moscovici »

 

François DELAPIERRE (1970) – Homme politique et membre du Front de gauche

 

S’il y a bien un socialiste qui va être heureux lors des cinq prochaines années, c’est Pierre Moscovici. Il le mérite, tant il a souffert pour faire accepter sa nomination au poste de commissaire européen aux affaires économiques et monétaires. Il s’est battu courageusement face aux critiquesdes eurodéputés, qui lui ont même infligé un écrit de rattrapage. Mauvais élève et bonnet d’âne, il s’est retrouvé cancre de l’Europe.  

 

Pierre Moscovici a la réputation d’être intelligent. C’est le fils de Serge Moscovici, psychologue social renommé d’origine roumaine affilié au Parti communiste qui lui a donné le goût pour la gauche. C’est un pur produit de l’énarchie française, où il fit la rencontre de DSK qui après avoir été son professeur allait devenir son maitre en politique. C’est lui qui l’a attiré vers la ligne la plus à droite du Parti socialiste et tiré de sa bureaucratie pour en faire le ministre des affaires européennes de Lionel Jospin. Il lui a aussi donné son goût pour les femmes, surtout si elles sont jeunes.

 

Le divorce est depuis consommé entre les deux. Pierre Moscovici voulait voler de ses propres ailes. L’affaire du Sofitel l’y a aidé. Ce n’est qu’à reculons qu’il a soutenu François Hollande en 2012, devenant son très discret directeur de campagne. Un sacrifice qui ne restera pas inutile : après la victoire, Pierre Moscovici est nommé ministre de l’économie et des finances. Son passage à Bercy fut un échec. Incapable de baisser les déficits, il a dû demander un délai à Bruxelles avant d’augmenter les impôts puis de déplorer le ras-le-bol fiscal. Son dilettantisme s’est manifesté lors de l’affaire Cahuzac, où déjà il maniait bien le mensonge en commission d’enquête.

 

Un candidat schizophrène

 

Sitôt remercié, il envoie un cadeau empoisonné à François Hollande en annonçant sa volonté de devenir commissaire européen, si possible à l’économie. Ce choix de le nommer gardien de l’euro de la commission Juncker est bien sûr incompréhensible. Comment un braconnier peut-il devenir garde-chasse ? Comment le ministre des finances qui n’a pas su appliquer la règle des 3 % peut-il réprimander d’autres pays qui en seraient incapables ? Comment un socialiste français peut-il sanctionner la France socialiste ? Il y a conflit d’intérêts évident : on ne peut être juge et partie. Cette double contrainte va peser sur Pierre Moscovici, le candidat schizophrène.

 

Les allemands veulent que le pacte de stabilité et la rigueur budgétaire s’appliquent. Ils peuvent être inquiets. Cette candidature était une erreur de la part de François Hollande. Comment peut-on décemment viser les affaires économiques alors que la France est à la remorque de l’Europe en matière de déficits ? N’aurait-il pas mieux fallu viser les affaires étrangères, où la France aurait eu plus d’influence ? Mais le but était de recaser Pierre Moscovici. La droite et la gauche ont fait un compromis, avec un espagnol à l’environnement dans la balance. C’est la prime aux cancres.

 

Loin d’être la solution, la France devient le problème de l’Europe. Bruxelles pourrait émettre un avis négatif voire une sanction contre le budget français. Non seulement celui-ci est encore en déficit de 4,3 % en 2015 après l’avoir été de 4,4 % en 2014, mais il est aussi insincère car il prévoit 21 milliards d’euros d’économies avec des hypothèses de croissance complétement irréalistes. L’amende serait alors de 4 milliards d’euros, un camouflet mérité pour la France après tant d’années d’erreurs et d’errements. Notre pays serait comme Pierre Moscovici, le cancre de l’Europe.

 

Le scenario est hautement improbable tant il mettrait en danger l’avenir du projet européen. Ce serait une atteinte insupportable à notre souveraineté. On peut taper sur les doigts d’un petit pays. Pas d’un gros. Mais la situation est désespérante. La France ne peut pas se réformer. Elle en est encore à débattre si la rigueur ne cause pas de l’austérité et de la déflation alors qu’elle continue à dépenser là où la Grèce, l’Espagne et la Grande-Bretagne ont fait des efforts et des sacrifices et commencent à en recueillir les fruits. Mais la France fait le pari d’une stratégie non coopérative. Elle ne réduit pas ses déficits budgétaires, espérant que d’autres fassent les efforts à sa place et permettent la relance. Reste à savoir jusqu’à quand cela marchera.

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23 octobre 2014 4 23 /10 /octobre /2014 08:45

« Quarante ans est un âge terrible.

Car c’est l’âge où nous devenons ce que nous sommes »

 

Charles PÉGUY (1873-1914) – Écrivain français et jeune quadra

 

Il est jeune, il est beau, il est intelligent. À 36 ans, Emmanuel Macron a tout pour réussir. Il incarne avec Manuel Valls cette ligne social-libérale du gouvernement qui encourage François Hollande à aller plus vite. La pose dans les réformes après la pause dans les réformes. Cette nature fonceuse n’est jamais qu’une posture pour les médias. Ils savent qu’ils ne changeront pas celle du président. Alors ils prennent date pour l’avenir. Car Emmanuel Macron a un avantage : il a du temps devant lui.

 

Les fées se sont penchées sur son berceau. Lycée Henri IV, Sciences Po, ENA : il est l’archétype de ces élites françaises qui ont fait de brillantes études. Lui a en plus la qualité d’être un brillant philosophe, élève putatif de Paul Ricœur, qui a réussi comme banquier d’affaires où il s’est amassé une petite fortune personnelle. Tout cela sans jamais avoir été matheux. Il est vrai que la première qualité d’Emmanuel Macron, c’est de savoir gonfler son CV. C’est ce charme qui le fait être tant apprécié.

L’enfant-prodige a plusieurs pères : Alain Minc, Jean-Pierre Jouyet, Jacques Attali. C’est avec ce dernier qu’Emmanuel Macron s’est passionné pour la libéralisation des professions réglementées lorsqu’il l’assista pour son fameux rapport de 2008. À l’instar d’un autre jeune devenu patron de Radio France, il a de superbes réseaux qu’il sait faire fructifier quitte à les jouer les uns contre les autres. C’est cela qui l’a fait intégrer le staff présidentiel de François Hollande en 2012. Il en est vite devenu le chouchou, imposant sa ligne très libérale comme conseiller spécial puis ministre.

 

Emmanuel Macron est le symptôme de notre époque, où il suffit d’être borgne pour surnager au pays des aveugles. Le ministre de l’économie incarne le malentendu entre le peuple et ses élites, le premier vénérant l’intelligence prétendue des seconds alors que ceux-ci sont rarement à la hauteur. Les milieux d’affaires et les cercles financiers se réjouissaient de l’arrivée du petit génie aux commandes. Ils croyaient qu’il allait enfin insuffler un peu de culture d’entreprise à cette bureaucratie coupée des réalités. Or sa seule action, c’est une réforme technocratique sans envergure.

 

Le banquier Macron, provocation pour la gauche

 

Son projet de loi sur la libéralisation des professions réglementées est en effet loin d’être à la hauteur des enjeux. Là où la France aurait besoin de profondes réformes macroéconomiques, le ministre ne propose que des mesurettes microéconomiques comme le travail le dimanche et la circulation des autocars. Minuscule, riquiqui, lilliputien par rapport à la gravité de la situation. Macron c’est du micron. On va finir par croire qu’il n’y connait rien en économie et qu’il n’est qu’un beau parleur.

 

Emmanuel Macron a tout pour plaire, mais il ne plait pas à tout le monde. Surtout pas à gauche, où la nomination du « banquier Macron » a été vécue comme une provocation. Plus que son profil social d’énarque défroqué qui gagne des millions et va pantoufler dans le privé au lieu d’honorer l’État, c’est sa ligne économique de droite qui agace. Georges Pompidou aussi sortait de la banque Rothschild. Mais lui n’était pas de gauche, ce qui l’aurait exonéré de s’expliquer sur un prétendu mépris du peuple s’il avait un jour pris l’exemple des illettrées de Gad pour faire peuple.

 

Emmanuel Macron n’est pas détesté pour ce qu’il est mais pour ce qu’il représente. Ce petit con pétri de certitudes plus que de convictions qui explique à la France avec sa démo à l’américaine matinée de jeunisme qu’elle doit renoncer à elle-même et qu’elle souffre de défiance, de complexité et de corporatisme. Ce parvenu fossoyeur des rêves de la gauche qui mène l’économie française en privilégiant le destrisme au sinistrisme alors qu’il n’a jamais été élu. Cette tête d’œuf qui a la grosse tête et qui devra sûrement renoncer à son avenir si la gauche dure reprend un jour la main.

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