21 novembre 2014 5 21 /11 /novembre /2014 09:36

« Ni droite, ni gauche, français »

 

Jean-Marie LE PEN (1928) – Homme politique et français de cœur

 

La tradition politique française sous la Ve République a longtemps été à la bipolarité. Un bipartisme entre la droite et la gauche, rythmé par les alternances et à peine gêné par la contestation vite réprimée des communistes et des centristes et les épisodes loufoques de cohabitation. Il semble que cette tradition ait vécu. Après l’échec du Modem, le FN semble en mesure de gêner le jeu habituel de l’UMP et du PS, de l’UMPS comme ils disent. On va faire le tripartisme, avec une troisième force.

 

À l’origine, le terme « troisième force » fait partie du vocabulaire de la IVe République. Il désignait à l’époque l’alliance électorale et parlementaire un peu contre-nature des socialistes et radicaux et des démocrates-chrétiens pour se maintenir au pouvoir face à deux forces supérieures en nombre mais isolées politiquement, les gaullistes et les communistes. La fameuse loi des apparentements, « la moins honnête de toute l’histoire électorale », permit ainsi à cette troisième force de monopoliser le pouvoir.

Mais cela appartient à l’histoire. Tout comme donc apparemment l’opposition quasi séculaire entre la droite libérale économiquement et la gauche sociale socialement. Entre la droite du « travailler plus » et des baisses de charges de Nicolas Sarkozy et François Fillon et la gauche de l’État assistantiel et des 35 heures de Martine Aubry et - même s’il s’en cache désormais - de François Hollande. Le social-libéral Manuel Valls et le libéral-social Alain Juppé ayant brouillé les pistes, les clivages politiques ne seraient plus tranchés par l’économique ou le social mais par la mondialisation.

 

Avec le Front de gauche et le Front national, qui ont sensiblement le même projet malgré les invectives de façade, la politique française est désormais divisée en deux catégories. D’un côté les partisans de la société ouverte, europhiles et gagnants de la mondialisation. De l’autre les partisans de la société fermée, souverainistes et défenseurs des perdants de l’ouverture des frontières. Ceux-ci prônent donc à la fois le protectionnisme et la revalorisation du salaire du petit travailleur français.

 

La solution pour 2017 : une droite libéral-nationale

 

Cette situation nouvelle aboutit ainsi à une nouvelle double opposition entre la gauche et la droite. D’une part entre la gauche social-européiste, PS canal historique, et la droite libéral-nationale, telle qu’elle n’est plus ou si peu représentée de nos jours. Celle-ci était incarnée dans le temps par Philippe Séguin, et de par certains côté par Jean-Marie Le Pen. Aujourd’hui elle n’a plus qu’Henri Guaino. Or c’est là qu’il faudrait fouiller, l’expansion économique avec la maitrise de l’immigration.

 

D’autre part entre la droite libéral-européiste, celle qui est majoritaire à l’UMP et qui dit vouloir une autre Europe sans repousser les conséquences les plus néfastes de la construction européenne actuelle, et la gauche social-nationale, incarnée certes par l’extrême gauche mais surtout… par le FN ! C’est en effet Marine Le Pen qui, sous l’impulsion du chevènementiste Florian Philippot, défend le mieux le gaullisme et le double héritage du général : la souveraineté nationale avec cette « certaine idée de la France » et la souveraineté populaire avec la défense - populiste - du peuple.

 

Car la montée du FN n’est pas due qu’aux mérites propres de ses dirigeants ou de ses militants. Elle est due à ses adversaires, le PS en responsable actif pour l’avoir créé et encouragé et l’UMP en responsable passif pour ne pas avoir su boucher son espace sur sa droite. Une partie des français attend qu’on leur parle de la France et des gens de peu. Or ce n’est ni avec Alain Juppé, plongé en plein Boboland à la une des Inrocks et parlant d’adoption pour les couples homosexuels, ni avec Nicolas Sarkozy, qui malgré le retour d’Henri Guaino aura du mal à couillonner les français une deuxième fois, que la droite traditionnelle marquera des points pour 2017.

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20 novembre 2014 4 20 /11 /novembre /2014 09:40

« Un mensonge en entraine un autre »

 

TÉRENCE (190 av. JC - 156 av. JC) – Poète latin et menteur fieffé

 

Comme quoi, il n’y a pas que Jean-Pierre Jouyet qui fait des gaffes. Le ministre du budget Christian Eckert aussi. Il y a deux semaines, François Hollande promettait qu’il n’augmenterait pas les impôts après 2015 lors de sa bien inutile émission pour son mi-mandat. Une annonce bien périlleuse, tant le président s’est évertué à faire le contraire depuis le début de son quinquennat donnant même naissance au terme de « ras-le-bol fiscal » et aux jacqueries en tous genres des pigeons ou des poussins.

 

Une promesse en vérité bien difficile à tenir, comme l’a rappelé non sans raison le pauvre Christian Eckert. L’incertitude sur l’évolution de la situation économique d’ici 2017 rend en effet hasardeux tout pronostic sur les orientations futures des finances publiques. La gauche a déjà beaucoup augmenté les impôts, mais rien ne dit qu’elle ne le fera plus tant une stagnation de la récession en Europe mettrait en danger notre situation budgétaire et les taux d’intérêts de la France en l’absence de toute baisse réelle et sérieuse des dépenses. C’était donc du bon sens que de le dire.

Et pourtant… Le ministre du budget s’est immédiatement fait rabrouer. On ne va pas à l’encontre de la parole présidentielle, même si l’amateurisme généralisé dans la gestion de la communication gouvernementale rend plus que fréquent ces couacs qui n’amusent que les éditorialistes. Christian Eckert a donc été sommé de revenir sur ses déclarations. Le matin il disait qu’une hausse de la fiscalité ne pouvait être écartée. Le soir il parlait à l’inverse d’une baisse à venir des impôts. Le grand Eckert.

 

Ce n’est pas la première fois qu’un ministre doit retourner casaque après s’être trop avancé. Ségolène Royal qui annonce la suppression de l’écotaxe dès sa nomination alors qu’aucun arbitrage n’a été rendu par François Hollande. François Rebsamen qui dit vouloir renforcer le contrôle des chômeurs alors que le président y est tout à fait opposé. Jean-Pierre Jouyet qui dément ses propos sur François Fillon avant de les reconfirmer. Le problème est que ces ratés deviennent beaucoup trop fréquents.

 

La culture du non-choix

 

Mais ils sont dus directement à la manière de travailler et de gouverner de François Hollande. Celui-ci ne tranche pas, mais soupèse, sasse puis synthétise. Il ne donne jamais sa décision ou son arbitrage dans l’instant, laissant même parfois espérer à ses interlocuteurs une décision favorable alors qu’il y est d’emblée opposé. C’est cette méthode ou plutôt cette non-méthode de gouvernement qui explique une bonne partie des loupés des socialistes au pouvoir depuis 2012. L’incapacité à choisir.

 

Cette culture des non-choix publics se retrouve dans la gestion des comptes publics du gouvernement, un budget pas d’équerre mais bien d’Eckert que la commission européenne a tancé pour son laxisme et que les socialistes s’épuisent à faire passer pour de la bonne gestion alors qu’il cumule 4,4 % de déficits et une hausse même pas réprimée de la dépense. D’où le recours facile à la vache à lait du contribuable.

 

La gauche s’est piégée toute seule en choisissant au début du mandat d’augmenter les impôts de 30 milliards d’euros alors qu’il fallait réduire les dépenses. Elle le paie aujourd’hui en promettant des baisses d’impôts sur le revenu pour les ménages les plus modestes alors même qu’elle devrait assainir ses finances. Paradoxe suprême, il se trouve même des personnes à gauche pour reprocher cette politique présumée trop à droite et en vérité trop laxiste du président. Ou l’art de cumuler les ennuis.

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19 novembre 2014 3 19 /11 /novembre /2014 09:58

« Tout est guerre, même le football. Surtout le football »

 

Éric ZEMMOUR (1958) – Journaliste français et joueur de baballe

 

Éric Zemmour le prouve dans son dernier livre, on parle souvent mieux d’un pays à travers son football qu’à travers son histoire. L’épopée des verts de Saint-Étienne, l’homérique France-RFA de 1982 à Séville ou la victoire de la France black-blanc-beur à la coupe du monde 1998 parlent mieux de notre pays que tous les livres ou toutes les encyclopédies. C’est sur ce mode des « Mythologies » de Roland Barthes que nous allons aujourd’hui parler du Brésil, premier pays du football s’il en est.

 

1950. O Brasil ha de ganar ! O Brasil ha de ganar ! Tout le Maracaña attend avec impatience ce match contre l’Uruguay qui doit offrir au Brésil son premier titre mondial. 120 000 spectateurs surexcités qui n’attendent pas autre chose qu’une victoire des cariocas, au pays où le football-roi est déjà une religion alors qu’il n’a été importé d’Europe que depuis peu. L’Uruguay gagnera 2-1, faisant taire tout un stade. Cinq fois champion du monde par la suite, le Brésil ne vaincra jamais chez lui.

 

1962. C’est la coupe du monde au Chili. Un général de l’armée fait une intrusion dans le vestiaire des stars Pelé, Garrincha et Amarildo. Il les sermonne vivement, leur intimant l’ordre de triompher car « une victoire calmera bien mieux le peuple qu’une bonne récolte de riz ». Des discours que ne reniera pas la France des années plus tard, sauf que le Brésil est à l’époque sous la férule d’une dictature militaire qui a besoin de légitimité. Ses footballeurs la lui donneront, en s’imposant au final.

Le Brésil aime le football, vit pour le football, meurt pour le football. Il garde de bien mauvais souvenirs de notre pays, la France l’ayant à trois reprises battu en coupe du monde en 1986 à Guadalajara, en 2006 en Allemagne et bien sûr en 1998 lors d’une fameuse finale. C’est pourquoi les rois brésiliens respecteront à jamais les petits joueurs français. Ce Brésil, nain politique et géant économique qui a connu le développement des pays émergents depuis la libéralisation du régime sous Lula.

 

Un pays de pauvres gouverné par des riches

 

Comme la Chine ou l’Inde, le Brésil est un pays-continent de centaines de millions d’habitants qui va rattraper et dépasser la France en termes de production et de richesse nationale. Au prix d’un capitalisme à deux vitesses et à géométrie variable, le pays étant le plus inégalitaire du monde avec l’Afrique du Sud. Des inégalités qui sont le détonateur de révoltes, que la crise économique n’a pas manqué de réveiller dans ce pays plus sensible que l’idyllique plage de Copacabana ne le laisse penser.

 

Tiraillé entre ces trois villes-capitale Brasilia, Sao Paulo et Rio de Janeiro, le Brésil l’est aussi entre son urbanisation à marches forcées et sa forêt originelle défigurée, entre sa classe moyenne ostensiblement aisée et ses favelas piteusement pauvres. Or ce sont les premières qui ont manifesté contre les sommes exorbitantes investies dans l’organisation du mondial, alors que les secondes étaient réduites au silence. La coupe du monde ne devait pas avoir lieu, au nom du pouvoir d’achat des riches.

 

But show must go on. La coupe du monde 2014 s’est bien passée, sans violence. Le Brésil est par miracle arrivé jusqu’en demi-finales, avant de sombrer 7 à 1 face à l’orgueilleuse Allemagne. Une catastrophe nationale pour tout le pays. On a craint un moment des émeutes ou des sacrifices humains. Mais fins connaisseurs ou bons perdants, les brésiliens ont su reconnaitre la supériorité évidente de l’adversaire. Et leurs propres failles, à commencer par les errements de leur formation de joueurs.

 

Tout le monde pensait que ce fiasco footballistique achèverait la déjà impopulaire présidente Dilma Rousseff. Mais les temps ont changé. Celle-ci a été réélue avec 51,45 % des voix face au candidat de centre droit Aecio Neves, après avoir écarté la menace de l’écolo-socialiste Marina Silva. Huée dans les stades et plébiscitée dans les urnes, la social-démocrate en a repris pour 4 ans. Tel est le destin du Brésil, pays de pauvres dirigé par des riches où les riches se plaignent à la place des pauvres.

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