L'EMPREINTE CARBONE

SpangheroEt le coupable était finalement Spanghero ! Après avoir accusé les roumains d’avoir introduit de la viande chevaline dans les lasagnes de Findus, la direction de la consommation et de la répression des fraudes a révélé que l’entreprise française basée à Castelnaudary était parfaitement consciente de la supercherie. Du coup l’agrément de la société lui a été retiré, mettant au chômage plus de 300 salariés. 

 

Un coup porté au Made in France. Par le jusqu’au-boutiste Benoit Hamon, dont la société Spanghero qui voit son nom publiquement sali juge les accusations « légères et imprudentes ». Il aurait en effet été plus fin de passer sous silence cette affaire au lieu de se faire mousser, même s’il est aberrant pour un marchand de viande de ne pas faire la différence entre du bœuf et du cheval. Mais il est inintelligent.

 

La déclaration : « Tout a été fait pour éviter le drame, sans y parvenir ». Non, Michel Sapin ne s’excuse pas pour son incapacité à juguler la terrible hausse du chômage. Il ne fait que commenter l’immolation par le feu d’un radié de Pôle Emploi. Une technique qui a donné des idées à d’autres…

 

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Lundi 18 mars 2013 1 18 /03 /Mars /2013 08:06
« L’opinion est comme la reine du monde »
 
Blaise PASCAL (1623-1662) – Philosophe français et roi des aveugles
 
   
Les sondages sont la plaie de la démocratie. Or la démocratie repose sur les sondages. Tel est le paradoxe de nos régimes politiques, où l’expression de la volonté populaire est à la fois le fondement et la finalité et où le vote est chaque jour davantage concurrencé par le panel pour en matérialiser l’existence. Le suffrage de la démocratie d’opinion passe de plus en plus par les enquêtes de popularité et de satisfaction. Il vaut mieux y être bien classé. Avec elles le pouvoir politique ne fait plus peur au peuple. C’est le peuple qui fait peur au pouvoir politique.
 
L’idée-même des sondages est absurde. Elle postule que tout citoyen est apte à produire et à exprimer une opinion politique et que tous ont la même capacité à le faire. Or tous les avis ne se valent pas. Un employé du bâtiment n’aura pas la même compétence pour répondre à une question politique qu’un cadre supérieur car il n’y portera pas le même intérêt. Son vote compte pourtant tout autant. Facile à persuader, il peut basculer du côté d’un candidat qui a le courage de ses opinions si seulement il ose un peu les défendre. Or ces gens-là sont nombreux.
 
Avant Fukushima, 65% des français étaient pour le nucléaire. Après Fukushima, 55% étaient contre. Il est si facile de les convaincre. Or nos hommes politiques prennent pour argent comptant ces chiffres instables car ils ne veulent pas faire de mécontents. Ils suivent le vent du peuple pour lui plaire. Pour le gaz de schiste un jour, contre le lendemain. Pour par conviction, contre par opportunisme. Il est triste que ces questions dont les réponses sont si volatiles aient autant d’impact sur les décisions de nos dirigeants versatiles. Elles les brident et les bradent.
 
Elles les empoisonnent et les emprisonnent. Chaque question est une impasse imposée à celui qui doit y répondre. Le sondé ne s’est jamais posé la question de savoir ce qu’il pensait de l’euthanasie, mais on lui demande quand même son avis. L’enquêté ne s’intéresse même pas à l’enjeu majeur de la viande halal, mais les sondages en font une controverse essentielle en la mettant en tête des problèmes du moment. C’est vrai que les français jugent que la guerre au Mali est un sujet important. Mais bien après ceux du chômage, du logement et de la sécurité.
 
Pas étonnant que les sondages se trompent si souvent. En 1994, Jacques Chirac était à 10% d’intentions de vote quand Edouard Balladur caracolait à 35%. En 2010, DSK réunissait le plus d’opinions favorables quand François Hollande se traînait à 3% de parts de marché chez les sympathisants du PS. On connait la suite. Les come-back sont fréquents car les revirements d’opinions le sont encore plus. Il y a une différence entre aimer une personnalité politique et voter pour elle. Tout le monde aime Simone Veil. Elle ne cassait pas des briques aux élections.
 
L’ennui avec les sondages, c’est qu’on en tire des interprétations politiques alors que la plupart des réponses qu’ils recueillent ne sont pas politiques. On peut très bien être contre les augmentations d’impôt à titre personnel et apprécier dans la bouche d’un candidat le courage à démontrer qu’il faut les augmenter. On peut très bien être favorable au mariage homosexuel et ne jamais imaginer voter socialiste de sa vie. C’est pourquoi les sondages sont si peu fiables. Ils prétendent faire de la science politique, or ils n’ont aucune science politique sur quoi se baser.
 
On passera sur la stupidité de certaines techniques de recueil des données et sur l’idiotie de certaines tactiques d’exploitation des résultats. Par pudeur. L’ivresse des sondages rend élus et électeurs dépendants. Elle fait la décision en se faisant passer pour le ventriloque du peuple et fait l’opinion en invitant tout le monde à conformer ses préférences à la norme. Les fers de l’opinion, c’est s’aligner sur ce que disent les sondages pour éviter d’être exclu de la majorité. Chacun peut donner son avis. A condition que chacun donne le même avis.
 
Pas étonnant dès lors que la France ressemble parfois à un stade de foot, encourageant son équipe quand elle marque et la sifflant quand elle perd au lieu de la soutenir quel que soit le résultat. C’est pareil avec la dictature de la démocratie que constituent les sondages. Ils fixent à jamais une réalité de l’opinion que se sentent obligés de suivre les hommes politiques, jusqu’à l’enquête suivante qui en dément souvent les conclusions les plus fermes. Le mieux serait de ne jamais écouter ce qu’ils disent. Or il est moins facile de suivre son opinion que celle des autres.
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Dimanche 17 mars 2013 7 17 /03 /Mars /2013 09:35

« Les hommes font et subissent »

 

Georg SIMMEL (1858-1918) – Sociologue allemand et continuellement changé

 

 

On oppose souvent changement et continuité pour analyser le processus de constitution de la société. Modernité et tradition, avenir et passé, révolution et évolution, réforme et rupture, progrès et réaction, mouvement et stabilité. On croit souvent que la société n’avance pas durant des années et qu’elle change tout d’un coup sous l’effet du hasard et des hommes. C’est faux. La société change un peu tous les jours, et ce n’est qu’à certains moments que ces changements se voient à force d’être accumulés. Le changement ce n’est pas maintenant. C’est quand ça veut.

 

Le changement se construit. Les acteurs sociaux font des actions et ont des interactions. La société est l’effet émergent résultant de l’agrégation des actions des individus qui la forment. L’évolution sociale avance par petits pas, tel le tramway qui crée lui-même le courant électrique qui le fait avancer. Les hommes produisent et reproduisent la société, sans s’en apercevoir. Ils créent le monde qui les crée, au risque que celui-ci leur échappe et se retourne contre eux tel le monstre de Frankenstein. La terre qui se réchauffe, c’est l’homme qui se tue en voulant vivre.

 

La continuité est la norme. Les gens ont besoin de prévisibilité pour se faire confiance dans leurs interactions quotidiennes. Sans stabilité pas de croyances communes et de préconçus pour lire le monde de la même façon. Les individus agissent en fonction des significations qu’ils construisent. L’inconscient collectif est la base la plus sûre de la construction de la réalité. Il est un sens pratique et une disposition acquise par la socialisation qui permet aux gens de penser la même chose et de se comprendre. Les préjugés sont le ciment qui nous tient ensemble.

 

Le changement se provoque. Et il s’évite. Il faut deux ingrédients pour penser et agir : la pensée et l’action. Le collectif et l’individuel. Les structures et les agents. L’environnement et la personnalité. Les contraintes que créent les hommes sont des incitations qui habilitent à agir. Elles égayent le pouvoir d’imagination et poussent à se surpasser. Pour changer le monde il faut le comprendre et pour le comprendre il faut l’observer. Donc le laisser tranquille. La révolution ne se fait pas en un jour. Elle se fait tous les jours, par des petits changements convergents.

 

La continuité est un danger. Et elle est en danger. Un gouvernement n’est légitime que si la culture politique qui le soutient engendre une identification et une socialisation commune à tous. La crise politique intervient alors quand des secteurs de la société se désolidarisent de cet idéal partagé. L’individualisation qui mène à l’anomie. La ségrégation qui créé la lutte des clans. La dépravation que produit le relâchement des mœurs. Il y a des évolutions, nécessairement. Toutes ne sont pas bonnes à prendre. Mais toutes sont à maitriser. Voilà qui est dit et bien dit.

 

Le changement se subit. Le monde comme volonté et représentation ne va pas là où chaque individu voudrait qu’il aille. Il va là où la somme de la masse le fait aller. Comme au jeu du téléphone arabe, chacun est conscient de la déformation qu’il apporte mais aucun ne peut prévoir à l’avance où cela va les mener. Le gouvernement balise le chemin de la réforme en impliquant des tas d’acteurs par la négociation, la consultation ou la concertation. Il ignore que chacun ajoutera sa touche créative, de sorte que personne ne soit satisfait à la fin.

 

La continuité est un atout. Elle se préserve. La confiance est le socle le plus essentiel de l’équilibre social. Elle se maintient, car elle donne de l’efficacité à l’action publique. C’est avec les codes les mieux ancrés qu’on rend possibles les modes les plus novatrices. Au risque de les empêcher. « A chaque nouvelle secousse, cramponnée à sa mécanique séculaire, elle ordonne d’une voix étranglée par la peur de resserrer d’un tour l’ordre administratif vissé jadis par le Premier consul », disait Georges Bernanos à propos de cette France rétive au changement.

 

Le changement dans la continuité c’est le conservatisme mais en changeant les hommes. La continuité du changement c’est la conservation de ce que les hommes feront semblant de changer. L’équilibre des choses est constant mais il évolue sous le coup de nos décisions. Une société qui était stable devient bancale par l’addition de piètres décisions. Un budget qui était équilibré devient déficitaire par l’accumulation de dépenses contestables. Un pays qui était bien gouverné devient ingérable par une ribambelle de choix malheureux. C’est ce qui va se passer.

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AU RAS DES PÂQUERETTES

AyraultLa gauche aurait menti ! On peine à le croire, tant elle nous a si peu habitués à dire une chose en public et à faire l’inverse une fois en action. Alors que le couple de l’exécutif sombre dans les enquêtes de popularité (seulement 37% d’opinions favorables pour le président et le 1er ministre), Jean-Marc Ayrault a pour la première fois reconnu que l’objectif des 3% de déficit public en 2013 pourrait ne pas être tenu. Sans pour autant mettre en doute celui des 0% en 2017. On se demande pourquoi on continuerait à le croire.  

 

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DU CARBONE DANS LA CERVELLE

NKMC’est officiel, Nathalie Kosciusko-Morizet est candidate à l’investiture pour la mairie de Paris en 2014. Face au renoncement du si courageux François Fillon et de son grand ami Jean-Louis Borloo, la jeune femme ambitieuse a décidé de tenter sa chance dans une élection où la droite est loin de partir favorite. Ce sera tout ou rien. Si elle gagne, elle suivra le chemin présidentiel d’un Jacques Chirac qui y triompha près de 40 plus tôt. Si elle perd, elle sombrera et son sacrifice arrangera tous ses rivaux à droite.

 

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